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Vilogia, groupe privé d’immobilier social basé à Villeneuve-d’Ascq, entreprend de mettre au goût du jour la maison Métropole, dont il a la propriété. L’idée : commercialiser des pavillons auprès d’une future jeune clientèle tout en rendant hommage au génie de Prouvé. Entourés d’une équipe pluridisciplinaire, Jean-Charles Huet, architecte, et Patrick D’Hermy, chef de projet chez Vilogia, adaptent actuellement, non sans soulever quelques questions, un prototype pour le rendre conforme aux normes et contraintes d’aujourd’hui.  


En 1952, Vilogia, à l’époque nommé CIL, se voit offrir par le ministère de la Reconstruction deux des quatorze pavillons Métropole, comptant parmi les démonstrations les plus abouties du travail de Jean Prouvé au profit de l’habitat à bas coût et du logement modulaire. Après avoir engagé dès 1991 un processus de réhabilitation des deux œuvres architecturales, le bailleur et constructeur Vilogia pilote un projet de prototype depuis 2014. Avec le soutien de la famille Prouvé, il constitue une équipe de conception dans le but d’aboutir à un néo-pavillon commercialisable. De Prouvé, c’est l’intelligence de la construction, modulaire, industrialisable et rapide d’exécution qui retient l’attention des concepteurs, souhaitant développer un habitat à prix abordable adressé à des primoaccédants. « On a gardé le système constructif », explique Jean-Charles Huet qui révèle que, lors de la fabrication d’un prototype, les éléments constitutifs du pavillon sont conservés : les deux portiques, la poutre faîtière, les poutres pignons et l’alternance de panneaux pleins et percés entre lesquels se glisse le jardin d’hiver. Le processus de montage est également préservé au maximum et le démontage reste possible. En revanche, au regard des normes actuelles liées à l’acoustique et la thermique, le compromis est inévitable sur certains points. Les fenêtres à guillotines et les panneaux à hublots n’ont, par exemple, pas pu être adaptés pour atteindre l’objectif RT 2012 fixé tout en rentrant dans un budget serré. De 8 cm, les panneaux de façade passent à 24 cm d’épaisseur grâce à un complexe double de panneau métallique extérieur et acoustique isolé intérieur. En toiture, la fine tôle d’aluminium pliée est remplacée par un complexe léger pré-isolé et une membrane d’étanchéité. Le pavillon est décliné en deux versions : surélevé sur un socle maçonné comme à l’origine, ou de plain-pied, comme l’avait d’abord prévu Jean Prouvé. 

 

Que reste-t-il de l’esprit Prouvé ? 

Si la démarche est vertueuse, elle se heurte à plusieurs limites. Puisque seuls deux prototypes sont en jeu, l’industrialisation des éléments constructifs, qui permettrait une baisse de coût, et la mise en place d’un chantier sec ne s’avèrent pas encore totalement possibles. Ces paramètres dépendent de l’engouement futur du public visé pour la construction modulaire et les structures métalliques. Ce dernier pourrait être séduit par les qualités spatiales du pavillon : sa grande surface – par rapport à un logement conventionnel de même typologie – ou la lumière naturelle qui y pénètre généreusement. Autre atout : la « personnalisation » qui passerait par l’orientation du pavillon, le positionnement de ses baies ou le dessin du plan, tous trois adaptables. Mais la signature Prouvé saura-t-elle résonner auprès d’un public pas nécessairement sensibilisé à l’architecture ? Les modifications inévitables des éléments d’origine, remplacés, épaissis, respectent-elles ou trahissentelles le modèle ? « La grande difficulté est d’arriver à tenir un projet comme celui-là sans le dénaturer, sans être caricatural », reconnaît l’architecte. Qu’il s’agisse d’une évolution, réinterprétation ou de tout autre chose encore, le prototype Vilogia est en tout cas remarquable pour ce qu’il transpose au monde actuel les valeurs portées par Jean Prouvé. 

 

 [ Maître d’ouvrage : Vilogia – Maître d’oeuvre : Jean-Charles Huet – BET : Verdi – Ingénierie structure : François Cahour – Entreprise : Métal Création – BET acoustique : Akoustik Ingénierie & Conseils ]