d'architectures
Le magazine de la création architecturale
Une rencontre exceptionnelle entre le photographe Peter Brown et John Brinckerhoof Jackson (1909-1996), figure majeure des études paysagères contemporaines, créateur et éditeur de la revue mythique Landscape de 1951 à 1968, professeur dans les universités de Berkeley et Harvard entre 1967 et 1977, historien du paysage, essayiste et écrivain américain. Ce recueil inédit retranscrit en texte et en images les voyages effectués par les deux hommes au milieu des années 1980 dans le paysage des Hautes Plaines américaines. (Lire l’article de Marie-Madeleine Ozdoba p. 20-25). L’occasion également de découvrir Wildproject, un formidable éditeur : www.wildproject.org
Dominique Perrault revient sur son travail avec un nouvel angle de vue, en publiant un ouvrage en collaboration avec Frédéric Migayrou, qui avait déjà organisé son exposition monographique au Centre Pompidou et rédigé la préface du catalogue.
Divisé en huit chapitres, ce livre se présente comme un véritable questionnement théorique sur le sol. Le texte est illustré par les propres réalisations de l’architecte – bibliothèque de France, vélodrome de Berlin ou université de Séoul… – mises en perspective avec d’autres productions souvent plus radicales, notamment les dystopies d’Archizoom. Il est ponctué d’étonnantes « fictions », comme ce projet prospectif où l’on voit à travers un parvis circulaire en verre l’arc de triomphe se poursuivre dans le monde souterrain de la capitale pour mieux le réorganiser autour de lui.
L’auteur nous invite d’abord à nous interroger sur ce territoire à la fois connu et inconnu, depuis longtemps colonisé par les infrastructures dessinées par les ingénieurs et qui semble attendre impatiemment d’être repensé comme le double de l’aménagement de la surface. Un sol aussi qui, loin d’une simple table sur laquelle on peut disposer à l’envie des objets eucharistiques, apparaît au fil des pages comme un nouveau milieu potentiel, plus dense, plus profond, plus isolé que l’atmosphère exposée aux vents, aux intempéries, à la lumière et aux différences de température. Un nouveau continent propice à une architecture moins insolente, plus chaleureuse et surtout plus adaptée au développement humain sur une planète en crise.
Un livre rare et passionnant qui surprend de la part d’un des constructeurs français les plus présents à l’échelle internationale, mais absent jusqu’à maintenant de la scène théorique à l’inverse de ses aînés, les Grumbach – sous la direction duquel il a passé son diplôme à UP6 –, Portzamparc et autres Nouvel…
Comment construire une théorie de l’architecture, quand on n’est ni Alberti, ni Le Corbusier, ni Rem Koolhaas ? Philippe Trétiack propose ironiquement un procédé simple et accessible à tous. Il suffit de méditer sur des faits issus de sa propre vie quotidienne et d’en tirer par induction des préceptes et des règles.
Bien sûr, comme nous le rappelle la quatrième de couverture de l’ouvrage, la vie de cet architecte-urbaniste et grand reporter, qui collabore depuis trente ans à des revues prestigieuses, est tout sauf banale, à 100 à l’heure entre Soweto, Mexico, Tokyo, Kaliningrad ou Hiroshima. Il en résulte 56 récits toujours insolites et parfois agaçants, qui rendent compte d’expériences décalées et se concluent invariablement par une réflexion d’ordre général qui pourrait être appréhendée comme un principe fondamental de l’architecture contemporaine. Par exemple : la visite à proximité de Santa Cruz d’un supermarché hanté qui se réorganise en fonction des manifestations des supposés fantômes, comme si la forme dépendait désormais des forces occultes, après avoir longtemps suivi la fonction…
Sous ses apparences superficielles – mais Nietzsche a montré que c’est à la surface des choses qu’il faut trouver la profondeur –, cet ouvrage renvoie aux très sérieux et très mystiques Exercices spirituels d’Ignace de Loyola. Le penseur de la contre-réforme professait à ses disciples de méditer sur leur vie personnelle pour retrouver une proximité avec leur divinité et refonder le catholicisme. Totalement ambigu, L’Architecture à toute vitesse s’affirme ainsi à la fois comme un recueil d’anecdotes souvent frivoles et comme une méthode efficace pouvant être imitée par étudiants et professionnels désireux de théoriser leur démarche à partir de leur expérience vécue quand ils ne se retrouvent plus dans les courants dominants et les théories ambiantes.
L’architecte Anthony Radford propose une analyse approfondie de 50 œuvres architecturales majeures, toutes postérieures à 1950. L’exposé prend cependant une forme originale : une suite de schémas et dessins commentés, dont certains sont d’authentiques documents de travail. Ainsi l’ouvrage permet de comprendre le processus de conception à l’origine de l’aspect final de chaque bâtiment étudié. Parmi eux figurent l’opéra de Sydney de Jorn Utzon, le Musée Guggenheim de Frank Llyod Wright (ainsi que celui de Frank Gehry), et l’Institut du Monde Arabe de Jean Nouvel.
Loin de prétendre à l’exhaustivité, l’ouvrage a pour ambition de compléter d’autres sources d’information, telles que des photographies, des descriptions, des expériences de réalité virtuelles ou encore des visites sur le terrain. Le pari est réussi, dévoilant 50 bâtiments d’exception comme on ne les avait jamais vus.