Ce dossier part d'un paradoxe : alors que la transformation généralisée de la ville par les entreprises est incontestablement l'une des principales mutations en cours dans la ville contemporaine, très peu d'ouvrages ou d'articles s'intéressent en France aux entreprises comme acteurs de la ville. Et s'il arrive parfois que le sujet soit abordé, c'est quasiment toujours sous l'angle de la dénonciation, pour regretter « l'instrumentalisation des espaces publics par le privé » ou « l'envahissement de la marchandisation ». En quelque sorte, la ville produite par l'entreprise ne serait pas de la ville, ou alors une ville dénaturée, dévoyée.
Certes, peu à peu le tabou se lève. Par exemple, la dernière rencontre nationale des agences d'urbanisme a en partie abordé le sujet. Mais le fossé reste grand entre les pratiques des professionnels et le discours des penseurs de la ville.
Qu'on comprenne bien l'esprit de cet article. Loin d'affirmer que l'entreprise est nécessairement vertueuse, nous souhaiterions appeler à une approche plus objective et montrer que ces jugements relèvent d'une analyse à la fois simpliste et dépassée de la ville. La réalité est complexe et cette complexité oblige à rejeter tout manichéisme. De plus, il faut se rendre à l'évidence : qu'on le déplore ou non, la ville est de toute façon en train de changer. Alors, plutôt qu'une critique vaine, mieux vaut comprendre les nouveaux leviers de la transformation des villes et s'en saisir pour les influencer.