Prix du livre 2022 de l’Académie d’architecture.
Les récits des hauts faits de leur père par leurs descendants souffrent trop souvent d’une complaisance bien-pensante, avec une tendance à refaire l’histoire. Rien de tel dans ce petit volume écrit par le fils d’André Maisonnier (1923-2016). Tout jeune architecte, celui-ci fut l’un des principaux acteurs, au sein de l’atelier de Le Corbusier, de l’aventure de Ronchamp (1950-1955), en particulier par le remarquable travail en maquette qu’il développa. Nous avons donc ici à la fois un livre de souvenirs de famille et une critique génétique d’une œuvre majeure de l’architecture du XXe siècle, amplement illustrée avec des documents de la Fondation Le Corbusier mais aussi des archives familiales – des documents qui souffrent d’un format et d’une mise en pages qui les mettent peu en valeur. Ce faisant, l’ouvrage tricote habilement deux points de vue : d’une part une perception intime, incarnée, de la vie du projet ; d’autre part une analyse savante, très documentée, menée à partir des dessins scrupuleusement attribués et remis dans leur ordre chronologique. Il est écrit à la fois par le petit garçon écoutant son père raconter son travail et l’adulte auscultant les documents qui en furent issus. Nombreuses sont les querelles qui entourent l’attribution des projets entre le Le Corbusier d’après-guerre et les collaborateurs de son atelier. Ici, malgré l’amertume du salarié zélé remercié du jour au lendemain par le maître à l’été 1959, malgré le rappel de tous les apports dudit collaborateur au projet, point d’équivoque pour lui : « La chapelle, c’est sa chapelle. » GMJ
La Chapelle de Ronchamp : naissance d'un chef d'oeuvre
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