Un
pavillon de jardin ? Cette construction en bois ne devrait pas être
considérée, comme le suggère son apparence, comme une petite annexe
ou un refuge retiré au fond des bois. Sa surface au sol est même supérieure
à celle de la villa. Celle-ci, certes modeste, date de 1938 et se dresse à
ses côtés sur le terrain aménagé en parc ; elle a été construite à
l’origine pour une danseuse célibataire. Afin d’appréhender la finalité réelle
de cette nouvelle construction, il convient tout d’abord d’en découvrir la genèse.
Le propriétaire avait imaginé de construire une seconde résidence qui
offrirait un espace supplémentaire non seulement pour une partie de
sa vaste collection d’art contemporain, mais aussi pour ses livres et
catalogues d’art. Il était également essentiel pour lui d’avoir une
cuisine superbement équipée, puisque son épouse est un cordon-bleu et
que le pavillon servirait aussi pour divertir les invités. En outre, il devait
lui permettre de se retirer du monde pour prendre du recul. Ces
utilisations mixtes présentaient une certaine difficulté exigeant des
idées architecturales et conceptuelles sortant des sentiers battus. Nous
nous trouvons au bord d’une grande étendue de verdure avec un étang
attenant qui s’étire devant la villa. Au ponant, le terrain s’arrête
brusquement à côté du pavillon. D’ici, on peut emprunter des sentiers qui
cheminent dans une hêtraie touffue avant de rejoindre une vallée profonde. À
l’origine, cette topographie spécifique a exercé une influence
déterminante sur la conception du pavillon. Trois étages avaient été
proposés. Le premier, en partie enterré sous la surface, devait offrir une
vue sur la vallée sombre. Une chambre à coucher était prévue dans la
partie plus petite de l’édifice superposée sur le rez-de-chaussée. Cette première
idée n’a pas été concrétisée pour des raisons concernant le droit relatif
aux constructions sur ce terrain. Le pavillon n’a désormais qu’un
seul niveau qui se démarque sur une dalle de plancher. Clairement
orienté, il dispose d’un mur arrière en grande partie fermé vers le nord, où
se trouve le chemin d’accès à la propriété et un côté sud doté
d’ouvertures généreuses de la hauteur de la pièce. Un toit protège la
terrasse avant. Deux ans ont été nécessaires pour coordonner les
plans avec le constructeur-propriétaire. Pendant tout ce temps sans
pression, peu de choses ont bougé… Cet immobilisme s’explique
certainement par le fait que le propriétaire est passionné d’architecture et
qu’il voulait un temps devenir architecte lui-même. Observateur averti et passionné
du monde de la construction en Flandre et au-delà, il est au fait des
dernières évolutions. Ce qui pose la question de savoir comment il
est entré en contact avec la jeune équipe d’architectes bruxellois de
Vers.A. À un jet de pierre de sa villa, il a découvert une maison
qui, bien que de concep- tion classique avec son toit à pignons, présentait
une série d’améliorations architecturales. Il s’est renseigné sur les
architectes de Vers.A et il s’est avéré que l’un des deux
partenaires, Kobe Van Praet, était un ancien employé de Robbrecht en Daem.
Le propriétaire avait fait appel à ce bureau pour remodeler sa maison
dans la ville voisine d’Audenarde sur une durée de huit ans afin
d’accueillir sa collection d’art. En outre, quinze ans plus tôt, Robbrecht
en Daem lui avait construit une petite cabane enchanteresse faite de
simples blocs de bois dans la hêtraie. À cette époque, le propriétaire avait
également fait la connaissance de Paul Robbrecht dans le monde de l’art.
La boucle était bouclée.
UNE
VILLA D’HIVER
Si
le pavillon est également fait entièrement en bois, le parti pris est
toutefois différent. Sa face extérieure est recouverte de pin traité à
l’huile foncée. Les supports en bois mettent subtilement l’accent sur la
structure de la façade, délimitant des mailles de 80 centimètres.
L’isolation est parfaite. Selon toute vraisemblance, les occupants le préféreront
à la villa pendant les froides journées d’hiver. La toiture en zinc fait
discrètement saillie au-dessus de la façade en décrivant un petit
rebord. Le bâtiment est accessible par une porte arrière et un petit hall
d’entrée avec toilettes et douche, et par une seconde entrée à côté de la
cuisine sur la face ouest. Pour entrer dans la maison surélevée, il
convient de prendre appui sur de grands blocs de pierre grossièrement équarris
dans une carrière des environs. L’idée architecturale et conceptuelle
présidant aux différentes utilisations se manifeste à l’intérieur du
bâtiment. Tous les murs et le plafond sont recouverts de panneaux
multiplex clairs. Ce revêtement interne de la pièce doit être
considéré comme un continuum et recèle une série de détails soigneusement
élaborés qui permettent de procéder à des modifications de l’espace
en toute flexibilité en fonction des exigences. La qualité de l’espace est donc
sa faculté à jouer les conteneurs polyvalents. Par ailleurs, en plus de la
cuisinière, diverses autres zones peuvent aussi être séparées avec
des parois en accordéon.
UN
ART DE MYSTÈRE
En
quelques manipulations simples, il est possible de créer des parois unies
qui confèrent à la pièce le caractère d’un espace d’exposition. Des
supports pour photos ont même été prévus dans les quatre éléments muraux.
Les rideaux et un store aux fenêtres sont dissimulés derrière le mur multiplex,
comme un mur de projection. Même l’ouverture de la cheminée est entourée de
panneaux. Le lambris se prolonge par un meuble bas avec une étagère et se termine
en un coin salon. Sous l’étagère, dissimulant le radiateur, il est
également ajouré de fentes ornementées qui laissent passer l’air
chaud. Deux ouvertures rectangulaires sont ménagées dans le plafond légèrement
incliné afin de laisser entrer à l’intérieur une lumière rendue cruciale
par un environnement végétal extrêmement dense. Le pavillon puise sa
force dans la grande uniformité et la polyvalence architecturales qu’il
communique en mode ludique. Tout trouve une explication, pourtant l’intérieur
recèle encore bien des surprises. Il arrive ainsi qu’on se demande si certains
éléments en bois peuvent ou non être ouverts en appuyant et en tournant. L’espace
intérieur et la façade avec la terrasse ajoutent encore leur part de
mystère en raison de leur légère inclinaison. Cela permet de
subdiviser l’espace en fonction des occasions et/ou des usages, afin de
créer deux sections distinctes – un geste architectural simple,
certes, mais ô combien décisif. Niché dans les Ardennes flamandes de Renaix,
ce pavillon de jardin est habité d’un élan spirituel engendré par le
concept d’espace, d’effet et d’utilité. Pour le propriétaire, les
aspects déterminants aujourd’hui sont la nature, la richesse évocatrice de
cet emplacement et sa perception émotionnelle conjuguée à son art. RÉALISATIONS
MAÎTRE D’OUVRAGE : PRIVÉ
MAÎTRE D’OEUVRE : VERS.A
PROGRAMME : CONSTRUCTION D’UN PAVILLON POUR UN COLLECTIONNEUR D’ART
PAYSAGISTE : VERNEMMEN
ÉTUDE DE STABILITÉ : ENGITOP BVBA
SURFACE : 90 M2
LIVRAISON : MAI 2015
En contenant un programme quasi schizophrénique dans une architecture sobre, nichée dans les Ardennes flamandes, les architectes de Vers.A ont doté l’idée préconçue du pavillon de jardin d’un « élan spirituel ».










