Vienne, Linzerstrasse
Programme : 50 logements, sauna et parking
de 52 places.
Maître d'ouvrage, BET & entreprise : Mischek.
Maîtrise d'œuvre : Atelier Seraji Paris, assisté de Schauer, Schläffer et Schmoeger à Vienne.
Programme : 50 logements, sauna et parking.
Surface habitable : 4940 m2
Loggias + terrasses + balcons = 856 m2
Coût : 6,17 millions d'euros.
Logements à Vienne
d'A : Les conditions qui vous ont amenée à réaliser des logements à Vienne sont un peu particulières…
N.S. : C'est un important constructeur viennois - Mischek - qui m'a passé commande de cinquante logements, alors que j'enseignais depuis quatre ans à la Akademie der Bildenden Kunste de Vienne. La particularité de cette entreprise est de réunir toutes les fonctions d'une opération immobilière : prospection, investissement, conception par des bureaux d'étude, réalisation, commercialisation et même parfois entretien des bâtiments. De plus, il fallait imaginer ce projet avec un procédé d'éléments préfabriqués mis au point par Mischek il y a plus de trente ans. Un système d'assemblage presque à sec de panneaux de béton qui a produit, en Autriche, des milliers de logements en forme de cubes empilés. En dehors de la France, le logement n'est presque plus enseigné dans les écoles d'architecture. J'avais fait travailler mes étudiants sur un programme de logements l'année précédente, et c'est ce qui a donné l'idée à mon collègue architecte et enseignant Ruediger Lainer de me présenter à ce maître d'ouvrage.
d'A : Le projet a-t-il été conçu dès l'origine avec ce procédé ?
N.S. : Oui, les escaliers, les planchers, les gaines, les seuils des balcons, les distances entre voiles et mille autres contraintes inhérentes à ce système ont été pris en compte dès le départ.
Cela ne nous a pas empêchés d'aborder le projet comme d'habitude, c'est-à-dire en essayant, parmi toutes les questions qui se posent toujours, de construire notre réflexion en nous concentrant plus particulièrement sur deux ou trois questions.
d'A : Quelles ont été ces questions à Vienne ?
N.S. : D'abord, qu'est-ce que le luxe dans le logement ? Est-ce la même chose pour du logement social et pour du logement « haut de gamme » ? Ensuite, notre façon d'habiter est-elle différente aujourd'hui qu'il y a une vingtaine d'années ? Dans quelle mesure la nature des changements qui ont affecté la vie domestique peut modifier les attentes des habitants ? Enfin, en Autriche, si vous avez des revenus modestes, soit vous habitez dans des immeubles qui héritent de la tradition des hofs viennois du début du siècle, soit vous habitez la familihaus traditionnelle. Nous nous sommes demandé si nous pouvions travailler à partir de cette dernière typologie pour réaliser un immeuble collectif.
d'A : Quelles formes ont pris ces réponses ?
N.S. : Pour la première question, nous avons dit : le luxe, c'est plus d'espace ; l'espace entendu non au sens quantitatif, mais dans la perception de ce que l'on offre. Donner plus que ce que l'on possède. On y parvient grâce à différents dispositifs spatiaux : en réduisant les circulations au minimum, en rendant perceptibles les plus grandes dimensions du logement ou en trouvant des doubles hauteurs.
Pour la deuxième question, nous sommes partis du constat que les appartements sont conçus en fonction d'une dichotomie entre l'espace domestique et le lieu du travail, ce dernier étant exclu. On a donc imaginé des appartements dans lesquels on peut autonomiser deux parties par des systèmes de distribution et de duplex qui s'étendent en diagonale, et qui permettent d'avoir une activité extradomestique tout en restant connecté à son logement.
Pour répondre à la troisième question, nous avons cherché à éviter le sentiment d'empilement inhérent aux logements collectifs. Nous avons donc donné un maximum d'orientations aux appartements, des espaces extérieurs en jardins ou terrasses. Mais surtout, nous avons essayé d'établir, dans le rapport de son propre logement à l'ensemble du bâtiment, un sentiment différent par les jeux d'imbrication complexe des duplex qui s'étendent en diagonale.
d'A : Dans ce type d'opération, où le client est aussi l'entreprise, l'architecte peut-il encore garantir l'intégrité de son projet ?
N.S. : C'est très dangereux et l'expérience a été douloureuse. Dans ce type d'opération, notre rôle s'arrête au permis de construire. La proposition architecturale doit donc être forte pour que l'intégrité du projet résiste à des modifications qui paraissent dérisoires pour l'entreprise, mais qui sont, pour nous, une dégradation. Le problème est moins grave à l'intérieur des logements, où la rusticité des détails les préserve de graves modifications. Les contraintes de départ, aussi dures soient-elles, peuvent être surmontées. Mais qu'arrive-t-il si l'entreprise décide de changer de matériau en cours de chantier ? Par exemple, le dessin des fenêtres avait été conçu avec des menuiseries fines en aluminium ; elles ont été remplacées par de grossières menuiseries en PVC. L'aspect des façades en a été altéré, mais il était trop tard pour redessiner les percements. De même, ils ont décidé de modifier le système d'évacuation d'eau des terrasses, et ont défiguré certaines façades avec des conduites d'eau placées n'importe où ; il était trop tard pour repenser le système en amont. Le concept d'un projet est inséparable de sa réalisation, et seul l'architecte peut le mener à bien. À Vienne, la force de la plasticité des façades, avec ces imbrications de pleins et de vides, aide à estomper certaines grossièretés de finitions. Mais le principe de conception-réalisation peut très vite être catastrophique pour le projet.
















