Maîtres d'ouvrages : Centre Hospitalier d’Abbeville - DDE de la somme (maître d’ouvrage délégué)
Maîtres d'oeuvres : Pascale Guédot (architecte mandataire) - Philippe Charpiot, Isabelle Dominique (architectes assistants) – BET : TCE, GEC ingénierie - façades : CEEF - multimédia : Rogerlabeyrie – VRD : ATPI – acousticien : Peutz & associés
Entreprises : Léon Grosse (gros œuvre) - Roger Delattre (charpente & menuiseries extérieures) – Sorecob (bardage & étanchéité) – Fourny (menuiserie bois)
Surface SHON : terrain : 22667m2 – SHOB : 4830m2 – SHON : 2509m2
Coût : 4,23 millions d’euros HT, y compris vrd et multimédia
Calendrier : concours : mai 2002 – livraison : mars 2006
Comment intégrer une école pour trois cent vingt futures infirmières au tissu ordinaire d’un lotissement en frange de bourg ? Le bâtiment de Pascale Guédot réussit à affirmer une identité qui ajoute à son environnement sans lui faire la morale.
Le statut et l’usage de l’espace public dans les lotissements résidentiels sont toujours un casse-tête, et plus encore le problème de l’implantation, dans ce type de quartier, d’un équipement qui ne profite pas directement à sa population. Faire exister sans arrogance ni démagogie un établissement d’enseignement spécialisé entre des pavillons de catalogue, dont les habitants sont pour la plupart présents aux heures et aux jours où l’institution ferme (et inversement), expose à bien des dilemmes. L’architecte pourra être tenté par une posture défensive et céder aux doux démons de « l’autonomie » : tourner le dos à son environnement – en repliant les activités autour d’un atrium ou d’un jardin, par exemple – et s’exprimer dans un objet plus ou moins superbe. Ou encore s’essayer à la leçon « urbaine » : entreprendre de civiliser cette banlieue en tirant quelques alignements, histoire d’y établir un improbable îlot. Ou, au contraire, préférer l’intégration « contextuelle » : exalter le génie du lieu en s’inspirant des formes, des échelles et des matériaux en présence, quitte à finir noyé à force de faire signe. Ou enfin emprunter un geste à toutes ces tactiques, au risque de l’incohérence.
Dispositif
Pascale Guédot a évité ces impasses avec subtilité. Son bâtiment, de plan carré, occupe un grand terrain engazonné sans en toucher les bords, à l’image des autres constructions du quartier, posées dans des jardins sans clôture. Contenu par cette forme stable, il n’en est pas moins ouvert à son environnement. La façade d’entrée, qui se dresse face au parking et aux constructions disparates qui l’entourent, est creusée par un patio-parvis, une plate-forme surélevée de quelques marches qui mènent à un grand hall, lequel se démultiplie à son tour en de larges couloirs vitrés. La continuité du front bâti est assurée par un portique, qui abrite le léger changement de niveau et suggère le statut particulier de l’édifice. Le parvis-patio domestique le passage d’une échelle à l’autre ; le hall et les couloirs distribuent le programme en une promenade lumineuse et fluide. L’ensemble du dispositif orchestre une séquence continue de vides et de transparences, qui lie le bâtiment à son milieu et l’éclaircit sans compromettre sa compacité. L’organisation du plan donne forme à une lecture rationnelle et efficace du programme. L’amphithéâtre (son élément singulier) en occupe le centre, ceinturé par les circulations en boucle qui distribuent depuis le hall les quatre ailes périphériques. Chacune de ces ailes abrite la partie des locaux la plus compatible avec sa situation. Côtés sud et ouest, face aux maisons et vers le soleil, les lieux de détente, la bibliothèque et la plus grande salle de classe se partagent un gabarit bas qui reprend celui des pavillons. Côté nord, face à un ex-futur jardin (devenu le parking d’un petit immeuble collectif et d’une maison de retraite), les salles de cours et les bureaux se superposent sur deux niveaux. La coupe tient compte de la déclivité naturelle du terrain, qui se révèle dans les circulations transversales ; la volumétrie reste attentive à celle des autres bâtiments, et en tire profit.
Hospitalité
D’obédience résolument moderne, l’architecture est modelée par des détails conçus pour s’effacer. La palette de matériaux, volontairement restreinte (béton armé, aluminium, placage en sycomore, pierre polie), s’anime par endroits de textures inattendues : des tiges de bambou en guise de claustras, des galets au sol dans un puits de lumière, ou les empreintes de planches de coffrage sur le béton laissé brut. Les cognoscenti détecteront, dans ce bâtiment à l’évidence trompeuse, la réinterprétation ou le détournement de certains éléments typologiques des anciennes institutions soignantes (le déambulatoire, le cloître...), avec la connotation sociale qui s’y attache encore. On appréciera le clin d’œil (assumé) au minimalisme cristallin des Case Study Houses de Craig Ellwood, ces maisons d’inspiration miesienne qui révolutionnèrent l’architecture domestique américaine en réalisant une osmose inédite entre la suburbia et le paysage californiens ; ou l’inspiration helvète de la plus haute façade, dont l’ordre régulier cherche à calmer par sa simple présence la confusion environnante. Mais au fond, peu importe ces références. Le bâtiment réussit à affirmer une écriture formelle forte et élégante tout en la rendant paradoxalement secondaire. La mise en relation visuelle de toutes ses parties par l’emboîtement de ses transparences fait flotter les pièces dans la lumière extérieure – une expérience difficile à traduire par l’image – et rend l’un à l’autre l’activité intérieure et le paysage du quartier. Rapporté à la querelle actuelle sur les valeurs de « l’ordinaire », ce bâtiment peut se lire comme une déclaration: un espace offert vaut mieux qu’un lieu commun.




