Copyright : ©Noëlle HOEPPE

Maîtres d'ouvrages : Université Panthéon Assas - Paris 2 - 75006 Paris
Maîtres d'oeuvres :  SAREA ALAIN SARFATI ARCHITECTURE - Architecte mandataire,
43 rue Maurice Ripoche – 75014 Paris - tel : 01 58 14 24 00
Architecte chef de projet : Christian Laquerrière, Caroline Gehu
Architectes assistants : Lecticia Gomes, Béryl Lasfargue
Entreprises :  PRADEAU MORIN / SICRA
Surface SHON :  2 500 m²
Cout :  1,2 M€ HT
Date de livraison : Mars 2011

Il arrive que l'on découvre une cave, un passage secret, un grenier fermé depuis des
décennies et c'est très exactement ce qui s'est passé dans l'histoire de la rénovation de la
faculté d'Assas. Une construction faite en 1960 par Charles Lemaresquier, une organisation
rigoureuse. Quarante ans plus tard, la petite bibliothèque située dans la tour est
insuffisante, il faut donc trouver un espace pour accueillir des étudiants de plus en plus
nombreux.
C'est la quête d'un espace central, ouvert à tous qui commence ; mettre la bibliothèque au
coeur du projet est la moindre des choses, mais où et comment ? L'université est ellemême
organisée à partir d'un axe principal qui relie la rue d'Assas à la rue Notre Dame Des
Champs. Ce hall en longueur d'allure monumentale distribue les amphithéâtres et
notamment le grand amphi dont la sous face constitue une sorte de comble perdu.
C'est à cet endroit que nous allons tirer le plancher qui va permettre de développer un
plateau, celui de la nouvelle bibliothèque.
Une bibliothèque dans les airs, ce qui est paradoxale. En effet, l'image de la
bibliothèque est plutôt pesante. Les livres sont lourds, l'espace encombré, et la
lumière a du mal à se frayer un passage tant les parois sont occupées par les
rayonnages. Concevoir une bibliothèque est un très beau programme, l'une d'entre
elles a même été une des sept merveilles du monde, un lieu d'accumulation et de
diffusion du savoir.

Pour moi, la bibliothèque de Hans Scharoun à Berlin est une des merveilles de
l'architecture moderne, elle a une dimension « océane », une légèreté que Wim Wenders a
si magnifiquement mise en scène. Elle est en mouvement. Je n'avais à ma disposition
qu'une charpente métallique floquée et deux bas-côtés dont on pouvait toucher le plafond
en levant les bras.
Cette bibliothèque sera un ciel comme ceux que Jorn Utzon observait dans le
Yucatan. Un gros nuage qui roule et passe dans l'horizon rythmée par les pyramides
de Chichen Itza et le bleu du ciel n'en est que plus profond. Cette architecture, je la
voulais métaphorique après avoir été fonctionnelle. Les étudiants, les utilisateurs,
sans avoir besoin de savoir pourquoi, ressentiront cette dimension aérienne, légère,
immatérielle, que je voulais et qui aujourd'hui est relayée par l'omniprésence du
net qui se substitue à la matérialité du livre.

Les écrans s'allument, les étudiants prennent place et dans ce calme, cet espace serein et
paisible, je retrouve un goût d'architecture, qui s'efface mais résiste du minimalisme, à la
brutalité géométrique, au renoncement devant les contraintes fonctionnelles. Ce rêve
d'architecture se concrétise dans des formes régulières et irrégulières, parfois chaotiques,
perturbées par la présence d'une histoire, celle du bâtiment avec lequel je devais
composer.
Un écrin au milieu d'un monument. L'architecture pouvait donc être autre chose qu'une
façade, une répétition rigoureuse de modules plus ou moins industriels. La répétition était
là, l'ordre présent, mon rôle était peut-être de le perturber pour le rendre acceptable.
Aujourd'hui, si l'on me posait la question : qu'est-ce que l'architecture ? A l'heure
où l'informatique ouvre le champ des possibles au moment où plus que jamais je
crois qu'il s'agit de concrétiser une histoire, une conduite de répondre à des
attentes dites et non dites, au moment où se renforce la place de la technique et
celle des exigences environnementales : je choisirais de commencer par une
promenade dans la bibliothèque de Berlin pour découvrir : toutes les lumières,
toutes les blancheurs, toutes les écumes. Pour goûter le jeu des structures, pour
appréhender le contraste entre l'intérieur et l'extérieur, pour passer de l'ombre à la
lumière, du schiste à la moquette. Etre au bord de l'océan, l'esprit dans le calme
des nuages, pour étudier et rêver. Une vision du monde, du plaisir de la vie à faire
partager de l'architecture ; un ange passe.
Alain Sarfati.
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