Alors que vient d'ouvrir le zoo de Vincennes dont il est le concepteur, Bernard Tschumi est le nouvel architecte choisi par le Centre Georges Pompidou pour sa série d'expositions hagiographiques d'architectes, tremplin idéal pour le Pritzker Price. En octobre, Frank Gehry lui succédera au moment même où –hasard du calendrier?– il livrera sa fondation LVMH au bois de Boulogne.
Fils de l'architecte suisse Jean Tschumi, Bernard Tschumi appartient à la génération de ceux qui, dans les années 70, ont voulu remettre en question les a priori modernistes tout en refusant la tentation historicisante des Krier ou Bofill. Cette période qui précéda celle des grandes commandes des années 80, fut propice au radicalisme, à la théorisation et au dessin. Marqué par les écrits du philosophe Jacques Derrida, Bernard Tschumi deviendra, avec Peter Eisenmann, l'un des hérauts de l'architecture comme déconstruction.
C'est en partie ce qui légitime cette exposition en nous permettant de plonger dans le processus de création de l'architecte à travers ses archives. « Questionner ce qu'est l'architecture oblige à questionner simultanément son mode de représentation » rappelle Tschumi devant ses célèbres dessins manifestes: The Manhattan Transcripts. Il ne cache pas sa nostalgie de cette époque d'avant les rendus numériques où – ses esquisses pour le parc de la Villette en sont un magnifique exemple – le dessin était davantage que l'expression directe de la pensée, un outil de la pensée en œuvre. Mais si l'exposition tente bien de montrer en quoi les concepts architecturaux se traduisent dans les projets réalisés, elle ne s'interroge jamais sur le sens et la pertinence de cette ambition. L'exposition restera à cet égard un événement pour les architectes, mais difficilement accessible à un public non averti.
À lire: un Catalogue que nous n'avons pas encore pu voir et l'article de Françoise Fromonot et David Leclerc, “Bernard Tschumi, pour quoi faire?”, le visiteur, n° 5, printemps 2000, pp. 6-23.
Bernard Tschumi ; Architecture : concept & notation,
Au Centre Georges Pompidou, jusqu'au 28 juillet.











