Le projet de la « caserne » de Mons conçu par les architectes wallons Matador démontre que même en Belgique, le droit moral des auteurs peut être violé par des acteurs politiques abusant de leur pouvoir. Le projet a été, sans consultation des architectes et des copropriétaires, repeint partiellement en blanc. Cette décision fût prise par la seule volonté du fonctionnaire délégué de la région de Mons jugeant cette barre de logements trop « sombre et austère », la faute à la couleur de la brique. Finalement livré en 2014 , la « caserne » de Matador leur a pourtant valu le Grand prix d'architecture de Wallonie. Retour sur l'histoire de ces murs de briques: noir, ou bruns foncé?
En 2006, la ville de Mons lance un concours sur le site de l'ancienne caserne. Ce terrain doit accueillir 120 logements et quelques commerces. Détournant certaines demandes du cahier des charges, l'agence Matador a su convaincre le jury. Le permis de construire déroge à 15 règles du règlement d'urbanisme. 14 sont approuvées mais celle concernant l'usage d'une brique noire n'est pas accordée. Matador propose, échantillon in situ, une brique brun foncé qui est acceptée par la ville de Mons sans que le conseil régional ne se manifeste. Cet accord permet l'obtention du permis de construire et le début des travaux en 2008. Le chantier est interrompu une première fois en 2009 pour des questions budgétaires mais reprend en 2010. En 2013, l'intervention du délégué de la région de Mons entravera le bon déroulement du chantier. Jugeant ce projet trop austère et les briques non conformes au règlement d'urbanisme (pourtant modifiée puis validée au permis de construire), le fonctionnaire demande l'interruption du chantier. Sans aucune consultation des architectes et des copropriétaires, le délégué demande au promoteur l'application d'une peinture blanche sur certains murs de la façade sans quoi, le chantier ne pourrait reprendre. Sous la pression et la menace de pénalités, le promoteur lance les travaux de façade.
Indignés par cette décision arbitraire, l'agence demande le soutien de leurs confrères. 2250 architectes signent une pétition. Si l'opération a perdu quelques briques brunes, les auteurs de la caserne ont vu ce mois-ci leur projet récompensé par le Grand prix d'architecture de Wallonie et le prix « Reconstruire sur la ville ».
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