Attention esprits sensibles : images chocs ! L'île-de-France a son club des maires reconstructeurs, Skopje, capitale de la République yougoslave de Macédoine, a Skopje 2014. Dévoilé au public en 2010, ce projet entend redonner au centre de la ville « toute sa splendeur et sa grandeur classique ». En 1963 un séisme détruisant 65% de Skopje avait suscité un élan humanitaire international. Le plan directeur pour la région avait été conçu par Apostolos Doxiadis et la reconstruction du centre ville par l'architecte Japonais Kenzo Tange, figure tutélaire du métabolisme. Durant vingt ans le centre ville s'est construit sur les plans du Pritzker 1987. Indépendante depuis 1991 la Macédoine a souffert d'une instabilité politique marquée par de nombreuses occupations. En conflit avec son voisin grec, elle peine à s'imposer sur la scène européenne.
Koce Trajanovski maire de Skopje a lui aussi son combat ; rendre à Skopje son visage historiciste et monumental à l'égal des grandes capitales européennes. Depuis 2010, le maire peut se venter de la construction d'une vingtaine de projets d'ampleur (musées, théâtres, arc de triomphes ou hôtels), de cinq ponts et d'une trentaine de statues. Chacun exalte la nation macédonienne par la la mise en scène des icônes et martyres locaux ; d'Alexandre le Grand aux empereurs byzanthins en passant par Toše Proeski... chanteur de variété. Alors que l'économie chute, que la paupérisation gagne et que le chômage avoisine les 30%, Skopje 2014, coûte la bagatelle de deux cent millions d'euro. En mai, le Monde Diplomatique titrait « La macédoine à la dérive », relatant le déclin d'un pays tiraillé entre Europe et Russie et enlisé dans les conflits géopolitiques des Balkans. Après avoir fait de l'adhésion à l'Union Européenne sa priorité, le nouveau gouvernement nationaliste se tourne vers Moscou et ses voisins ultraconservateurs (Hongrie, Pologne, Slovaquie et République Tchèque). À « l'antiquisation » de Skopje, s'ajoute désormais un projet d'embellissement (sic) de certains bâtiments existants, consistant très brutalement à maquiller les édifices modernes sous une couche de chantilly néo-baroque. Cinquante ans après le drame du tremblement de terre, c'est à une nouvelle tragédie que le pouvoir populiste expose la ville.








