On se dit d'abord que c'est un peu trop jolie, mais en exacerbant les codes de la composition graphique conventionnelle jusqu'à ses limites, Miho Kajioka parvient à émouvoir en échappant au voyeurisme que ses sujets lui tendent. Avec « Mais, où sont partis les paons? »*, elle expose pour la première fois en France à la galerie VU. Formée en école d'art en Californie dans les années 90, la photographe japonaise revient ensuite dans son pays pour travailler comme journaliste et documentariste. Confrontée aux territoires ravagés par le tsunami de 2011, elle est submergée par la violence du contraste entre les traces de la catastrophe et la beauté d'une nature exubérante et comme indifférente au drame vécu par les habitants. Elle s’empare de ce sujet pour revenir à un travail plus personnel. Délicatesse des motifs, petits formats, tirages argentiques avec un travail précieux de virages au thé vert et d'encadrement, les photographies de Miho Kajioka acquièrent une force tragique que ne laissait pas soupçonner d'abord la grâce élégante de ses images. À voir jusqu'au 2 septembre.
*«Trois mois après la catastrophe, à Kamaishi, petite ville portuaire où plus de 800 personnes ont péri, j’ai trouvé un rosier en fleurs, tout près d'un bâtiment détruit. La survivance de la grâce, de la beauté dans une environnement apocalyptique m’a troublé... Peu après, j’ai découvert un article sur des paons qui n’ont pas quitté la zone alors que la population (près de 110 000 personnes) a été évacuée. J’ai tout de suite imaginé ces paons, leurs magnifiques ailes déployées, marchant dans la ville déserte... C’était comme si deux images radicalement opposées - les ruines, le chaos et les paons majestueux dialoguaient... Depuis, je vois ces deux mondes, presque partout et constamment...» Miho Kajioka
Galerie
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