A quelques pas du lieu où se situait le
pavillon de la Finlande lors de l’Exposition universelle de 1937, Alvar Aalto (1898,
Kuortane – 1976, Helsinki) réintègre la scène parisienne jusqu’au 1er
juillet 2018 pour l’exposition de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Le
« mage du Nord » fait l’objet d’une rétrospective itinérante conçue
par le Vitra Design Museum et adaptée pour l’occasion à l’espace parisien qui
lui est dédié.
Cette dernière
s’organise selon un parcours chronologique, allant des réalisations des années
1920 aux meubles standardisés et aux complexes architecturaux de la fin de sa
carrière. Les édifices les plus réputés d’Alvar Aalto, tels que le sanatorium
de Paimio (1928-1933) ou la bibliothèque municipale de Viipuri (1927-1935) sont
bien évidemment présentés.
Mais
l’exposition prend une couleur toute française en faisant dialoguer les deux résidences
de collectionneurs d’art que sont la fameuse villa Mairea (1938-1939), située à
Noomarkku (Finlande), et la Maison Louis Carré, seule réalisation du finlandais
visible en France. Sont également placés en vis-à-vis le pavillon finlandais de
l’Exposition universelle de New York (1939) et celui de Paris (1937).
Les
photographies commandées au photographe allemand Armin Link par le Vitra Design
Museum complètent parfaitement les maquettes et les plans exposés en livrant
une perception sensible de l’architecture d’Alvar Aalto. Elles mettent en
lumière par des jeux de cadrage le rapport de cette dernière avec le paysage
environnant.
Les
objets de mobilier ne manquent pas non plus à l’appel. A côté des célèbres Vase
Savoy en verre moulé (1936) et Fauteuil Paimio 41 en bois lamellé-collé cintré
(1932), de nombreux matériaux élaborés par l’architecte —comme les
« macaronis en bois » que l’on retrouve dans certains des pieds en L
de ses tabourets— viennent illustrer la
recherche technique qui fut la sienne.
La
rétrospective met ainsi l’accent sur le rapport organique qui lie ses objets du
quotidien à l’espace dans lequel ils s’intègrent. Chaque détail du sanatorium était
par exemple pensé en fonction de l’hypersensibilité psychique et physique du
tuberculeux pour qu’espace et mobilier forment un tout adapté à son état. De la
même manière, une continuité plastique s’établit entre le mouvement ondulatoire
du plafond en bois de l’auditorium de Viipuri et les formes cintrées des
meubles de bois. La vague (aalto en
finnois) semble alors se faire pour Alvar Aalto signature formelle.
Si
ces courbes ou rythmes expansifs évoquent des formes vivantes, la vie est avant
tout un modèle de production et l’architecture organique d’Alvar Aalto résulte
plutôt de l’imitation de processus naturels. C’est dans ce sens qu’elle peut
être rapprochée, comme le soulignait Siegfried Giedion en 1968, de l’art
abstrait biomorphique qui a impulsé certaines des œuvres de l’architecte. https://blog.culture31.com/2019/11/13/rybolovlev-contre-bouvier-clap-de-fin/ Un
parallèle opportun est donc dressé dans l’espace de la Cité entre les reliefs
de bois d’Alvar Aalto et une Constellation de Jean Arp. La documentation
rappelle également que certains artistes tels qu’Alexander Calder ou Fernand
Léger étaient connus du finlandais et exposés dans sa galerie Artek.
Bien
que modeste de par ses proportions, l’exposition parvient à embrasser l’intégralité
de la carrière d’Alvar Aalto. Ce souci d’exhaustivité est souligné par la
présence de nombreux objets de mobilier, déjà caractéristique de sa dernière rétrospective
française en date, à savoir celle du Centre Pompidou de 1988, « Alvar
Aalto, du romantisme à l’architecture moderne ». Pourtant, une exposition
bâtie à l’échelle de l’œuvre prolifique et de la fortune d’Alvar Aalto
permettrait certainement de mieux cerner la pensée urbanistique qui fut la
sienne. Le rôle essentiel de ses deux épouses Aino Marsio et Elsa Kaisa
Mäkiniemi, qui ont contribué à ses conceptions mobilières et architecturales ne
sont que rapidement évoquées ici, mériterait aussi d’être mis en avant.