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Le Conseil national de l’Ordre a publié 155 propositions pour l’architecture et l’urbanisme à partir des 1500 contributions recueillies sur le site Grand-debat.archi. En février, l’Ordre des architectes avait mis en place une plate-forme en ligne sur laquelle architectes et autres professionnels du cadre bâti pouvaient prendre la parole dans le cadre du Grand Débat National. Les propositions ont été synthétisées en un cahier communiqué à la mission du Grand Débat National le 18 mars. Il sera également remis  aux membres du gouvernement en charge du débat, ainsi qu’au ministre de la Culture.

Le mal-être qui a initié la crise des gilets jaunes semble s’enraciner, entre autre, dans un « mal-habiter » lié à la mauvaise gestion du territoire, de la réglementation de la construction, au déséquilibre entre métropole et province et au manque de « soin » accordé aux petites villes… Pour  ces nombreuses raisons le conseil national de l’Ordre a estimé que les architectes, forts de l’expérience de ces problématiques, avaient leur mot à dire. Et l’on peut dire que les propositions foisonnent !


Les suggestions recensées entre le 8 février et le 15 mars correspondent aux quatre catégories proposées initialement : habiter (59 propositions), aménager (35), financer (26),  participer (11). A celles-ci s’est ajoutée une cinquième, qui concerne plus directement la profession d’architecte, et qui recueille 20 propositions.


Sans surprise, on trouve des réponses aux problèmes majeurs de la crise actuelle : favoriser la décentralisation, la solidarité entre métropoles et villes moyennes, arrêter les lotissements prévoyant du zoning, investir les terrains inoccupés des lotissements existants, stopper la création des centres commerciaux en dehors des villes, etc.


D’autres sont plus inattendues : transformer les friches commerciales des périphéries en logements ; autoriser l’augmentation du droit de construire pour les surélévations ; encourager le logement co-générationnel par des typologies innovantes ; mettre en place un bonus-malus sur la taxe foncière pénalisant l’étalement urbain au bénéfice de l’investissement en cœur de bourg ; établir un système d’“architectes de garde” pour le conseil aux élus et aux particuliers, etc.


La profusion des suggestions donne de nombreuses pistes d’aménagement du territoire, de transformation de l’habitat, d’investissement des habitants, de solidarités territoriales. D’autres concernent des aspects très précis de la profession d’architecte, comme la simplification des démarches administratives, les planchers des honoraires, le niveau des retraites, etc. Ces revendications sont légitimes, mais écoutera-t-on autant la voix des architectes si elle prend des accents corporatistes ? Ce grand débat est l’occasion de rappeler que de nos manières d’habiter peuvent émerger des troubles politiques. Les architectes ont peut-être aujourd’hui l’opportunité de trouver une oreille plus attentive aux questions qu’ils soulèvent d’habitude. Leur discours sera d’autant plus audible qu’il ne se réduit pas à la défense des intérêts d’une profession mais  s’il reste au service d’un débat qui est national.