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La sévérité de la crise sanitaire que traverse le monde, le temps qui nous est imparti en raison du confinement aussi, font naître beaucoup de réflexions et de propositions innovantes. Avec la pandémie du Covid-19 le désir de tirer les leçons des manques actuels s’est fait jour, comme en témoigne le système de constructions modulaires en bois itinérantes COMBI, porté par un groupement réunissant promoteur, les architectes Djuric Tardio, et entreprises et invitant à réfléchir à ce que pourrait être un autre modèle de construction au service de besoins immédiats, tels que des hôpitaux de campagne, des centres de dépistage ou du logement d’urgence.

Ce dispositif déjà utilisé a démontré sa pertinence et son efficacité dans le cadre d’un projet de crèche publique modulaire et itinérante montée dans le jardin du Luxembourg en août 2019 (https://bit.ly/2L3clRR). En 2021, la crèche réalisée par Djuric Tardio Architectes sera démontée pour être déplacée dans le 13e arrondissement de Paris, afin d’accueillir des enfants parisiens privés de leur établissement coutumier alors en travaux.


Ces constructions éphémères, conçues pour être construites et installées dans un temps très court, doivent pouvoir investir l’espace de la ville qui en est dépourvu, d’une manière fixe ou provisoire, pour répondre à un contexte d’urgence. Alternative urbaine réconciliant l’éphémère et le pérenne, COMBI est un système d’assemblage de modules constructifs en bois permettant de réaliser des bâtiments reconfigurables et réversibles, pensés avec des matériaux légers principalement biosourcés et bas carbone. Ce projet est inspiré à la fois des schémas constructifs définis par Jean Prouvé – qui proposa en 1958 un projet de chapelles nomades dont trois furent réalisées selon ce principe par l’Evêché de Metz[1] - et de détails puisés dans l’architecture traditionnelle japonaise.


La réflexion menée autour du montage des constructions COMBI a permis d’aboutir à la conception d’assemblages permettant un démontage et remontage illimités des modules. Ce principe qu’avait développé Jean-Prouvé pour les églises itinérantes fut rapidement mis à mal par les architectes qui substituèrent aux murs constitués de panneaux préfabriqués des murs en grès rouge local. Les architectes disposèrent ensuite les chapelles mobiles sur des arcs-boutants en béton[2], si bien que les églises nomades désormais ancrées dans le sol ne purent jamais être déplacées.


La crise sanitaire que nous vivons aujourd’hui est l’occasion d’introduire ce dispositif de bâtiments reconfigurables à l’infini, pour faire face d’une part à l’urgence de se loger et d’autre part à l’inégale répartition des infrastructures de santé sur le territoire. C’est dans cet esprit que ce prototype, qui concilie gestion de la crise sanitaire et préparation de la relance économique, fut présenté dans le cadre de l’appel à projets du ministère des Armées pour des solutions innovantes pour lutter contre le Covid-19. En sollicitant acteurs locaux de la filière bois et en privilégiant circuits courts et essences locales, ce système de constructions modulaires en bois permettrait de garantir une suffisance nationale essentielle tout en assurant un bilan carbone favorable. Ces structures construites au service de besoins immédiats pourraient ensuite être transformées en équipements publics pérennes pour accueillir des fonctions différentes.  

 



[1] « La solution de Jean Prouvé », L’Art Sacré, no 9-10,1958, p.17-19

[2] Quelques années après la construction de ces églises nomades, Jean-Prouvé déplora que « certaines ont été construites, mais tellement scellées qu’elles ne sont plus mobiles ».