La série des photos “Paris vide” a commencé par une envie d’exploration et de découverte de la ville dans un cadre atypique. Une opportunité s’est invitée face à une situation hors du commun : faire un relevé des grands axes et monuments parisiens en l’absence de la vie qui anime et parfois perturbe ces lieux emblématiques.
Après 340 km à vélo et environ 20 contrôles de police, il est difficile de ne pas s’attacher aux conséquences enrichissantes de cette expérience : l’apaisement, l’absence du bruit et surtout des voitures, la propreté, l’accessibilité des lieux envahis par le tourisme de masse, … une autre ville, un autre Paris.
Une scénographie se met en place dans ces perspectives profondes et parfois monumentales. La ville perd son échelle humaine et l’abstraction géométrique prend la place. On peut deviner un sentiment de décor de théâtre comme si les façades cachaient un autre vide derrière ou bien l’éternelle fantaisie de la ville post-apocalyptique qui se révèle du jour au lendemain dans une toute autre lumière.
La symétrie des images, qui s’est imposée très vite comme méthode de travail, amplifie le vide contenu par les infinis fronts bâtis mais aussi l’absence et l’abandon dans ce paysage étrange et artificiel. Le rapport entre le minéral et le végétal devient encore plus oppressant dans ce jeu géométrique fait de pierre, zinc, verre et béton.
Ces compositions rigoureuses sont brisées rarement : un cycliste qui admire un coucher de soleil, une passante assise devant une banque, un sans-abri profitant d’une après-midi ensoleillée. Des rares moments de vie qui rappellent que Paris est encore habité.
Né à Bucarest et habitant l’Ile de France depuis presque 15 ans, Stefan Tuchila est architecte et photographe d’architecture. Il est aussi correspondant en France de la revue roumaine d’architecture Zeppelin, ce que lui a permis, carte de presse à l’appui, d’arpenter Paris pendant la période de confinement.