Copyright : Liu Jiakun, DR

Liu Jiakun, architecte chinois de renom, a été honoré du prestigieux prix Pritzker 2025 pour son approche innovante et sensible de l’architecture, intégrant harmonieusement culture, histoire et nature dans ses créations.

Né en 1956 à Chengdu, dans la province du Sichuan, Liu Jiakun a grandi en explorant les couloirs de l’hôpital où sa mère travaillait comme interniste. Après avoir obtenu son diplôme de l’Institut d’architecture et d’ingénierie de Chongqing en 1982, il a travaillé pour un institut d’architecture d’État au Tibet. Cependant, sa passion pour l’écriture l’a conduit à quitter temporairement le domaine de l’architecture pour se consacrer à la littérature. Cette expérience littéraire a enrichi sa perspective architecturale, lui permettant d’observer la société et le comportement humain sous différents angles.

 

En 1999, Liu fonde son agence Jiakun Architects à Chengdu, développant une architecture distincte, loin des centres urbains plus médiatisés comme Pékin, Shanghai ou Shenzhen. Son travail se caractérise alors par l’intégration d’éléments traditionnels chinois, tels que des enceintes murées et des jardins, réinterprétés de manière moderne et poétique. Par exemple, le Musée d’art de la sculpture en pierre de Luyeyuan, achevé en 2002 à Chengdu, se présente comme une série de pavillons en béton coulé, nichés dans un paysage dense de bambous et d’arbres. Les visiteurs y accèdent par une rampe étroite surélevée, naviguant entre espaces intérieurs et extérieurs, forêts et jardins.

West village, Chengdu, 2015 © Jiakun ArchitectsWest village, Chengdu, Chine, 2002, DR

L’une de ses réalisations les plus emblématiques est le complexe West Village à Chengdu, achevé en 2015. Ce développement urbain occupe un bloc entier de la ville et comprend des bâtiments, des pistes cyclables, des monuments et des promenades piétonnes. Liu a conçu un espace public dynamique qui favorise l’interaction communautaire, intégrant des paysages en terrasses et des espaces publics qui sont devenus si populaires qu’ils ont dû être partiellement fermés par les autorités.
En réponse au tremblement de terre dévastateur de Wenchuan en 2008, Liu créé des “briques de renaissance” à partir des débris des bâtiments effondrés. Ces briques symbolisent la résilience et la capacité de transformation face à l’adversité. Ce travaille prolonge logiquement son approche architecturale qui met l’accent sur l’utilisation de matériaux locaux et la collaboration avec les artisans, comme en témoignent des projets tels que le Musée de la Sculpture en pierre de Luyeyuan (2002) et le Musée des briques des fours impériaux de Suzhou (2016).

Le Musée de la Sculpture en pierre de Luyeyuan, Chengdu, 2002, DR

 

v2-c1748128843233baba7224e7792e3544_r.jpg"Briques de Renaissance", DR

Le jury du prix Pritzker a salué l’architecte chinois pour sa “révérence pour la culture, l’histoire et la nature, chroniquant le temps et réconfortant les utilisateurs avec des interprétations modernes de l’architecture chinoise classique”. Son travail illustre comment l’architecture peut équilibrer les besoins individuels et communautaires, créant des espaces de contemplation et de répit au sein de contextes urbains animés. Deuxième lauréat chinois de la plus haute distinction architecturale internationale après Wang Shu en 2012, Frédéric Edelmann saluait déjà dans nos pages leur travail en commun en 2018.


Le travail de Liu Jiakun incarne une approche de l’architecture qui respecte profondément le contexte local, l’histoire et la culture, tout en innovant de manière à répondre aux besoins contemporains. Son travail, désormais reconnu au niveau mondial avec le prix Pritzker, sert d’exemple inspirant de la manière dont l’architecture peut enrichir la vie quotidienne tout en honorant le passé.