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Certains livres, en s’attachant à des sujets qui a priori peuvent apparaître mineurs ou ne concerner que quelques spécialistes, mettent au contraire à jour des questions fondamentales et très actuelles, donnant à leur travail une portée plus universelle. À l’heure du triomphe des vérités alternatives, des amalgames simplistes et du complotisme, ce livre, qui se lit non sans plaisir, est salutaire. En effet, depuis une quinzaine d’années, Le Corbusier est l’objet d’un bruit nauséabond, souvent relayé par des médias généralistes parfaitement ignorants mais toujours friands de ce genre de polémique : il aurait été fasciste, son architecture et tout le mouvement moderne qu’il a initié en porteraient les stigmates et, comble du scandale, les historiens et les thuriféraires de son œuvre auraient toujours occulté cette part d’ombre. Cet ouvrage collectif, qui rassemble, au-delà des meilleurs chercheurs de l’œuvre de Le Corbusier, des philosophes et des historiens comme Jean-Noël Jeanneney ou le spécialiste du fascisme Serge Berstein, devrait, on l’espère, clore définitivement ce mauvais procès. D’abord en montrant que les accointances de l’architecte avec Vichy n’ont jamais été cachées mais bien analysées, et en détail même au sein de la Fondation Le Corbusier. Ensuite en montrant la complexité et la richesse des engagements de l’architecte dans une perspective historique que ses accusateurs, englués dans l’anachronisme, ne maîtrisent visiblement pas. Jean-Louis Cohen, qui livre deux articles dans ce livre, vient d’ailleurs de diriger l’ouvrage collectif Architecture et urbanisme dans la France de Vichy (Éditions Collège de France), très éclairant sur le sujet. Enfin, au-delà de l’analyse historique, ce livre est aussi le prétexte à de passionnants essais comme celui de François Warin sur la poétique corbuséenne. EC

 

Le Corbusier 1930-2020, Polémiques, histoire et mémoire, sous la direction de Rémi Baudouï, Éditions Tallandier, 21 x 15 cm, 384 p., 20,90 euros.