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Spritz à la main, croisée au détour d’une ruelle vénitienne, Anna Heringer, architecte championne de la construction en pisé, me confie son émotion face à l’abondante représentation de la terre crue au gré de la présente Biennale. Comme s’il eût fallu 19 éditions pour que ce matériau gagnât le respect de cette institution. Manifestement : j’en avais moi aussi fait l’énumération, parmi les pavillons nationaux comme au sein de l’exposition centrale !

 

Pour plusieurs d’entre eux, la construction en terre crue parle d’héritage maintenu ou perdu, participant aux identités officielles ou minoritaires du pays. Dans son Materiae Palimpsest, le Maroc entend « honorer la sagesse ancrée dans les savoir-faire ancestraux ». Il démontre la diversité des techniques – pisé, bauge, adobe – à l’échelle de 72 colonnes, chacune étant le prototype d’une combinaison de techniques. Coffrages, pisoirs, tamis pendent à la manière d’un dais au-dessus de la composition et, au centre, les hologrammes d’un artisan et d’une artisane filmés au Maroc travaillent à construire un mur. Le pavillon de l’Arabie saoudite fait état par d’étonnantes photos de l’effacement de la topographie de la ville traditionnelle najdi, centre historique de Riyadh. Les fantômes solitaires de bâtisses en briques d’adobe ruinées se dressent entre les nouvelles villas de la spéculation immobilière, au sein de grilles urbaines instaurées dès le début de l’exploitation pétrolière en remplacement de la ville fortifiée circulaire. L’Australie confie son pavillon à un collectif constitué uniquement d’architectes aux origines aborigènes. Une tholos en panneaux d’argile, plâtre et bois enveloppé d’un banc en pisé invite à séjourner dans l’énergie vitale de la structure circulaire et du matériau, et sert d’arène pour débattre sur les conceptions constructives des indigènes et leurs notions du pays comme chez-soi.

1 MZO Earthen Rituals 0704Earthen Rituals de Lola Ben-Alon © Marco Zorzanello

Dans d’autres expositions, les techniques de la terre interrogent l’actualisation des processus du travail. Sans surprise, la construction en terre crue sied bien au chapitre « Intelligence collective » de l’exposition de l’Arsenal. Elle s’illustre par exemple dans le Zhangjiakou Village Research for Earth Architecture, au nord de la Chine (Christoph Hesse et Luo studio), ou dans l’Hospederia del Teatro, nouvelle réalisation en pisé dans l’utopique cité ouverte d’Amereida au Chili. Ou encore avec le Hope Village en Tanzanie, dont les murs en terre produits par impression 3D abritent un centre communautaire pour jeunes filles. Au centre de la salle dévolue au « travail » (Labor) du pavillon espagnol, 200 briques de terres compactées servent de support pour exposer les outils, processus et produits de trois entreprises catalanes qui remettent à jour les techniques de la terre (cuite ou crue), notamment la voûte catalane, en minimisant les externalités. Tout autour, de grandes photographies esthétisent la texture du matériau et les gestes du travail. Parmi les exemples d’innovation matérielle prisée par la Biennale figure Earthen Rituals, une structure en brique de terres ornementées développée par le Natural Materials Lab du Columbia GSAPP, qui, tout universitaire qu’il soit, revendique des pratiques rituelles dans la recherche. Elle est réalisée à partir d’une hybridation des textures de constructions vernaculaires, traduite en bitmaps par l’IA et imprimée avec un mélange léger de fibres et de terre. On pourrait la prendre à tort pour du tissage, et elle convainc des potentiels d’une invention morphologique expressive et ornementale par le biais du numérique. (...)

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