L’architecture manifeste son ubiquité comme protagoniste et comme environnement sur la grande majorité des images. S’exprime-t-elle différemment dans une illustration d’agence, une case de bande dessinée, une photographie de projet ou un plan de cinéma ? La photo d’architecture privilégie l’absence des corps quand l’illustration intègre les silhouettes. D’un côté la pureté des formes, de l’autre la suggestion des usages. Au-delà de ces codifications, c’est le cinéma qui magnifie le mieux l’architecture, embrassant comme dans la vie les visages et les corps des acteurs dans des espaces qui n’existent que par et pour eux. Forme libre par excellence, la bande dessinée peut, elle, se révéler encore plus riche que le cinéma, par ses possibilités infinies de mise en scène. La fratrie Harari, Lucas, Arthur et Tom, qui ont tous travaillé comme perspectivistes et maquettistes au sein de l’agence d’architecture de leurs parents, Jean et Aline, représentent par leurs carrières le champ des possibles de l’image d’architecture. Arthur Harari scénarise (Anatomie d’une chute), réalise (Diamant noir, Onoda, 10 000 nuits dans la jungle) et joue (l’avocat Georges Kiejman dans Le Procès Goldman de Cédric Kahn), Tom Harari est chef opérateur (Le Temps d’aimer de Katell Quillévéré) et Lucas Harari est l’auteur de L’Aimant, la bande dessinée préférée des architectes, où les thermes de Peter Zumthor tiennent le rôle principal. Aucun n’a jamais eu l’intention de devenir architecte mais la pratique du dessin, passion commune encouragée dès l’enfance par les parents, les réunit.
Dessiner comme on respire
Jean Harari enseigne le projet urbain à l’ENSA de la Villette et les enfants héritent du rapport à la ville comme décor. Leur déménagement à Montreuil au début des années 1990 et la découverte des fusains de Jacques Tardi, exposés à (...)