Tendus vers le futur perpétuel des mises à jour, rares sont les architectes qui cherchent l’inspiration dans les vieilles productions numériques, plutôt vouées à l’oubli. Certaines images de CAO recèlent pourtant de richesses que la génération Y réévalue avec enthousiasme. La jeune agence portugaise Fala Atelier rend régulièrement hommage au travail graphique d’Itsuko Hasegawa. Cette architecte japonaise applique à la conception et à la matérialité de ses édifices le « degré zéro1 », dérivé de l’essai Le Degré zéro de l’écriture de Roland Barthes : une écriture blanche débarrassée de toute profondeur, de toute valeur, de toute relation au contexte. En 1985, elle documente ses projets en photographiant leurs visualisations filaires tridimensionnelles. Les espaces, comme passés aux rayons X, traversent les murs, superposant façades et intérieurs dans des collisions fertiles. Les fragments de négatifs scintillent de couleurs stridentes qui n’indiquent aucune hiérarchie, mais possèdent les qualités secrètes des outils itératifs classiques que sont la maquette d’étude et le croquis.Ahmed Belkhodja, cofondateur de Fala Atelier à Porto, souligne qu’Itsuko Hasegawa présente les négatifs de ces images et non l’image des négatifs, car le support imprimé ternit la brillance des traits. Ainsi, les formes semblent s’animer dans l’éther noir de l’écran. Procédé qui rappelle la technique du cliché-verre popularisé au XIXe siècle avec l’invention de la photographie2, dont les plaques foncées, laissant passer la lumière du tracé, offrent une expérience supérieure à l’impression papier. Fala Atelier utilise également le wireframe (« mode fil de fer ») comme médium de recherche, tout en multipliant les points de vue pour approcher leurs projets.
Zootrope3« Contrairement à l’unité de la composition et à l’instar du collage, le montage fait de la fragmentation le préalable de toute création. Il présente de fait la réalité comme une succession de séquences ou de fragments additionnés pour dynamiser un récit diachronique ou pour conjuguer différents récits », écrit le théoricien de l’architecture suisse Laurent Stalder dans Un Dessin n’est pas un plan et autres essais (Éditions Caryatide, 2023). Ce mode d’exploration apparaît dès la fin des années 1970 dans les Screenplays des Manhattan Transcripts de Bernard Tschumi, caractéristiques de son approche diagrammatique et séquentielle. Ses dessins-collages introduisent la représentation du temps, de l’espace et de (...) $##$ ses usages sous forme de « scripts ». Loin (...)
Zootrope3« Contrairement à l’unité de la composition et à l’instar du collage, le montage fait de la fragmentation le préalable de toute création. Il présente de fait la réalité comme une succession de séquences ou de fragments additionnés pour dynamiser un récit diachronique ou pour conjuguer différents récits », écrit le théoricien de l’architecture suisse Laurent Stalder dans Un Dessin n’est pas un plan et autres essais (Éditions Caryatide, 2023). Ce mode d’exploration apparaît dès la fin des années 1970 dans les Screenplays des Manhattan Transcripts de Bernard Tschumi, caractéristiques de son approche diagrammatique et séquentielle. Ses dessins-collages introduisent la représentation du temps, de l’espace et de (...) $##$ ses usages sous forme de « scripts ». Loin (...)
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