« Je trouve que cet hôpital est beau, déclarait une patiente interrogée à l’Hôtel-Dieu de Paris. Je n’ai pas d’angoisse quand je viens dans cet hôpital. » Pour de nombreux patients, l’expérience de l’hospitalisation est largement colorée par l’esthétique des lieux. Loin d’être des qualités superflues, les ambiances et même la beauté des architectures hospitalières participent directement à plusieurs aspects du soin.
Nombreux sont les malades qui sortent de leur chambre et arpentent les bâtiments avec curiosité dès lors qu’ils les trouvent beaux. Certains d’entre eux ressentent la joie de faire quelques pas après des jours à rester alités. Le mouvement réveille, il revigore, il dégourdit. Il ouvre le répertoire des sensations : un muscle échauffé, l’amplitude d’une articulation lubrifiée. Dans des espaces extérieurs – coursives, terrasses, jardins –, la palette sensorielle s’élargit encore : le vent sur la peau, la résonance des pas sur le sol, la texture et la chaleur des matériaux. Alors que des chambres trop petites enferment le malade dans l’immobilité, des parcours stimulants encouragent à sortir. L’architecture soutient ainsi ce que la chercheuse en philosophie Claire Marin appelle le « goût de soi ». Trouver le goût de soi à l’hôpital, c’est reprendre plaisir à être soi alors que la maladie a bouleversé le corps, ses sensations et ses capacités. C’est se réapproprier son corps par le mouvement, et réapprécier le monde à travers ses perceptions.
Concevoir un hôpital comme un répertoire de sensations plaisantes permet aussi de le rapprocher du rôle que la chercheuse en philosophie Eva Feder Kittay attribue au soin : emplir la vie d’une richesse sensorielle, et donc redonner du goût à la vie pendant la maladie. Quant à savoir comment parvenir à la beauté, c’est la chercheuse en philosophie Céline Bonicco-Donato qui nous livre les clés. L’architecture est belle quand elle convient à l’usage et au corps d’un usager qui se sent alors « tout entier où il est ». Être à sa place est bien une question d’architecture. C’est une sensation que l’on ressent dans des lieux qui nous meuvent et nous émeuvent, quand les sensations procurées par l’espace conviennent tout à fait à nos émotions. (...)