n°332 - février mars 2026

  • Albert Moser « Je suis photographe »

    L’art brut, défini comme tel par Jean Dubuffet en 1945 pour désigner des créations non reconnues par les institutions ou les galeries, a désormais gagné une pleine légitimité dans le monde de l’art moderne et contemporain. Pour d’excellentes raisons et notre plus grand bonheur.

  • Apprendre par l’expérimentation

    Entre Paris et Rennes, TRACKS poursuit depuis 2014 une trajectoire marquée par la commande publique. Fondée par Jérémy Griffon et Moïse Boucherie, l’agence défend une approche lucide et optimiste, où la culture constructive, l’expérimentation et les matériaux biosourcés sont, avant tout, au service de l’architecture.

  • Au-delà des grands gestes : le soin des enfants dans les détails du Kinderspital (Herzog & de Meuron)

    Construit par les architectes de l’agence Herzog & de Meuron et livré en 2024, le nouvel hôpital pédiatrique universitaire de Zurich (Kinderspital) est la plus grande structure hospitalière destinée aux enfants et aux adolescents de Suisse. Au-delà des éléments de langage promotionnels revendiqués par tous les projets hospitaliers, cet hôpital de soin aigu, voisin du centre dédié à la recherche et à l’enseignement, articule concrètement fonctionnalité et réponse aux besoins de soin.

  • Ayons peur du ridicule

    « Cela reste une loi immuable de l’histoire qu’elle interdit précisément aux contemporains de discerner dès le début les grands mouvements qui déterminent une époque1 », écrit Stefan Zweig en 1941. Il fait référence aux mois qui ont précédé la Première Guerre mondiale, puis à l’inexorable montée en puissance des totalitarismes des années 1930 et bien sûr au triomphe des nazis qui l’ont poussé à l’exil au Brésil, où il se suicide en 1942. Sommes-nous encore assujettis à cette loi, alors que, de Trump à Poutine en passant par l’AfD (le parti allemand néo-nazi pro-russe), l’architecture moderne est si ouvertement bannie comme un art qui ne serait pas conforme à nos « valeurs » ? Hans-Thomas Tillschneider, député de l’AfD, explique ainsi que le Bauhaus est « anti-allemand (…) et ne peut pas nous servir de modèle, mais seulement d’aberration historique », une référence directe au discours sur « l’art dégénéré » de Hitler et de l’architecte Paul Schultze-Naumburg, l’auteur de l’essai Art et race (1928). 

  • Blockhaus de bois - Extension des bureaux de l’ONF, Versailles

    En lisière du bois du Cerf-Volant, près de la gare de Versailles-Chantiers, l’agence ADT a réalisé une extension des bureaux de l’Office national des forêts, qui comptait parmi les 33 projets présélectionnés pour le prix de la critique d’architectures 2025. En rupture avec la tradition d’une architecture de bois bien charpentée, Nicolas Delalande et Sébastien Tabourin confèrent à cet édifice une forme énigmatique et atectonique de blockhaus, comme enchâssé dans la pente.

  • Crise climatique et santé publique

    L’exposition sur l’hôpital du futur de l’agence néerlandaise OMA présentée à la Biennale de Venise de 2021 annonçait la transformation de celui-ci en simple entrepôt de données. Mais depuis cinq ans les projections prennent une tout autre allure. Il est moins question de mutation technologique que de responsabilité écologique.

  • Des murmures de soin dans les marques du temps

    Ne juge-t-on pas trop vite les hôpitaux anciens ? Beaucoup d’hôpitaux français sont vieux de plusieurs siècles. Ils deviennent vétustes et peinent à être adaptés à la médecine moderne. Mais ces vieux bâtiments sont aussi les témoins d’une histoire de villes et du soin qui gagne à être valorisée.

  • Le GIP Epau, victime collatérale d’un arbitrage comptable

    En sacrifiant le GIP Epau (Groupement d’intérêt public Europe des projets architecturaux et urbains), l’État ne supprime pas une ligne budgétaire mais un cerveau collectif – un outil de recherche-action, d’expérimentation et de capitalisation territoriale patiemment construit. Autopsie d’un désengagement silencieux aux conséquences durables pour l’architecture, l’action publique et la démocratie.

  • Le troisième cercle - Restructuration et extension du cinéma-théâtre Les 3 Pierrots, Saint-Cloud (92)

    Le cinéma-théâtre Les 3 Pierrots à Saint-Cloud, construit il y a quarante-cinq ans et devenu obsolète, a fait l’objet d’une restructuration et d’une extension conduites par l’agence Studio 1984. Les architectes parviennent ici, grâce à un dispositif architectonique limpide, à rendre simple un équipement culturel à la morphologie complexe, hier caché dans la pente d’un talus ferroviaire et qui prend désormais place dans la ville. Ce projet faisait partie de la sélection des 33 projets nominés pour le grand prix de la critique d’architectures 2025.

  • L’architecture du soin : Quel hôpital pour demain ?

    Doit-on encore consacrer des recherches à l’architecture des hôpitaux ? Depuis le début du siècle, et plus encore maintenant que la télémédecine s’est imposée pour le suivi des malades, l’hôpital tel que nous le concevons – un dispositif médico-spatial rassemblant en un lieu des patients, des soignants et des technologies assurant leur guérison (ou leur survie) – semble vouer à disparaître. L’hôpital du futur ne sera-t-il pas réduit aux urgences et à l’ambulatoire ? Les spécialités médicales ne seront-elles pas distribuées dans des cabinets en ville ? Mieux encore, les outils numériques et l’intelligence artificielle qui médiatisent déjà les relations entre soignants et soignés ne pourront-ils pas s’affranchir de l’espace ? Certaines projections imaginent même des hôpitaux dont le but ne serait plus d’accueillir les malades mais simplement de traiter les données et de gérer des commandes comme d’autres entrepôts logistiques, tandis que tous les actes médicaux seraient réalisés ailleurs, au domicile du malade, voire dans l’espace indéfini des réseaux digitaux.

    En attendant que toutes ces perspectives se réalisent, il faudra toujours aller quelque part pour être soigné. Préoccupons-nous encore quelques années de l’hôpital et de l’hospitalité qui lui fait tant défaut. Multiplions les points de vue sur l’architecture hospitalière et puisons dans ce que les sciences humaines, les soignants et les patients ont à en dire.

     

  • L’expérience esthétique comme soin

    « Je trouve que cet hôpital est beau, déclarait une patiente interrogée à l’Hôtel-Dieu de Paris. Je n’ai pas d’angoisse quand je viens dans cet hôpital. » Pour de nombreux patients, l’expérience de l’hospitalisation est largement colorée par l’esthétique des lieux. Loin d’être des qualités superflues, les ambiances et même la beauté des architectures hospitalières participent directement à plusieurs aspects du soin.

  • L’hôpital du point de vue des malades

    Les malades perçoivent l’architecture hospitalière. Ils la vivent, et ils la jugent. Leur regard, parfois acerbe, livre un témoignage essentiel sur leur expérience des lieux. Approcher leur point de vue n’est pas toujours aisé. Si certaines consultations sont organisées au moment de la programmation, ce sont le plus souvent les soignants qui parlent pour leurs patients. Mais certains d’entre eux se font entendre ailleurs. Les films, les romans et les réseaux sociaux sont aussi des aperçus plus subtiles et plus riches de ce que l’architecture fait au soin des malades.

  • Maîtriser l’imprévu Une approche du design par Lucas Zito

    L’impression 3D a profondément révolutionné la production manufacturière en permettant de matérialiser directement des objets physiques à partir de fichiers numériques. Le designer Lucas Zito en a fait un élément central de sa pratique, utilisant la machineà la fois comme un outil et comme une signature. Sur les étagères de son studio s’accumule un véritable abécédaire tangible des données numériques, parfois généré de façon inattendue, autant de pistes pour de nouvelles écritures. 

  • Marion Mahony Griffin, perswoman et architecte

    Combien savent que la carrière de Frank Lloyd Wright s’est réalisée en partie grâce aux dessins de Marion Mahony Griffin ? Longtemps citée en note de bas de page, cette collaboratrice de la première heure mérite réhabilitation.

  • Ouvert/fermé - Groupe scolaire Marie-Marvingt, Toulouse

    L’agence CAB vient de terminer un groupe scolaire à Toulouse, dans un ancien grand ensemble en cours de réhabilitation. Un édifice qui, tout en poursuivant les objectifs des urbanistes du quartier, sait opportunément nous rappeler que la Ville rose a aussi été un laboratoire de la modernité…

  • Rendre au soin ce qui est au soin : réhabilitation des deux pavillons des hospices civils de Strasbourg (Richter architectes)

    À Strasbourg, de 2022 à 2025, l’agence Richter architectes et associés a livré la réhabilitation de deux pavillons dans l’enceinte de l’hôpital : l’ancienne clinique ORL, devenue espace de travail pour des entreprises d’ingénierie médicale, et le pavillon Blum, ancien laboratoire et amphithéâtre, qui accueille désormais des restaurants et un tiers-lieu. Les hospices civils de Strasbourg ont ainsi fait le choix de conserver et de restaurer des pavillons dont les architectures sont tout à la fois liées au patrimoine hospitalier et appréciées des habitants du quartier. Si les nouvelles activités qu’ils accueillent ne sont pas médicales, elles restent néanmoins fortement liées au soin. Chercheurs, entrepreneurs, soignants et patients peuvent en bénéficier.

  • Retour aux sources : Quartiers de demain

    Lancée en fanfare au mois de mars 2025 à la Cité de l’architecture et du patrimoine quand les équipes « internationales » en compétition ont été sélectionnées, cette consultation voulue par le président de la République s’est achevée en décembre dernier avec l’annonce des lauréats et une exposition très pertinente de l’ensemble des projets.

  • Spéculations structurelles - Frame et Manufakture, Bruxelles

    Baukunst livre coup sur coup deux bâtiments imposants et intrigants à Bruxelles : « Frame », un immeuble-vitrine pour le parc tertiaire des médias audiovisuels (en association avec Bruther), et « Manufakture », un équipement maraîcher sur le site des anciens abattoirs de Cureghem à Anderlecht. Faits de béton, de verre et d’acier, assumant l’usage de la technologie, ces deux objets-machines aux lignes nettes prennent à rebours les idéologies anti-extractivistes de post-démolition et de post-construction. Ils poursuivent le sillon patient et singulier tracé de projet en projet par Baukunst, poussant à ses limites la puissance performative de l’architecture face aux enjeux du présent.

  • Vers un hôpital inhospitalier ?

    Sous la pression de l’injonction à l’ambulatoire, des logiques gestionnaires et du technosolutionnisme, l’hôpital se vide de ses chambres et de son hospitalité. L’architecture est pourtant sommée de faire soin, en soutenant dignité et autonomie des malades.