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Combien savent que la carrière de Frank Lloyd Wright s’est réalisée en partie grâce aux dessins de Marion Mahony Griffin ? Longtemps citée en note de bas de page, cette collaboratrice de la première heure mérite réhabilitation.

 Partenaire de la première moitié de carrière de Frank Lloyd Wright, Marion Mahony Griffin (1871-1961) a conçu la plupart des perspectives du visionnaire américain. Mais les starchitectes n’accordent que peu de place aux employés, aussi déterminants soient-ils. Dans son essai Room at the Top? Sexism and the Star System in Architecture, publié en 1989, l’architecte et urbaniste Denise Scott Brown décrit la situation des femmes dans ce milieu : « Le star-system, qui imagine l’agence comme une pyramide avec un Concepteur unique à son sommet, n’a pas grand-chose à voir avec les relations complexes qui existent aujourd’hui dans le monde de l’architecture et de la construction. De même que le sexisme fait de moi la dactylo et la photographe de mon mari, le star-system fait de nos associés des “seconds couteaux” et de nos employés des automates. » Marion Mahony Griffin combine cette double abnégation et se retrouve condamnée à une reconnaissance à bas bruit. Aujourd’hui, aurait-elle pu prendre son envol ?

Au bon endroit au bon moment

Issue d’une famille de Chicago cultivée et progressiste, la jeune Marion Lucy Mahony est une des premières femmes diplômées du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT). Son cousin, l’architecte Dwight Heald Perkins, l’engage. Ils travaillent dans un immeuble qu’il a réalisé, le Steinway Hall, dans le quartier du Loop, à deux pas du lac Michigan. L’édifice abrite un open space où couvent les jeunes talents de la future Prairie School. Parmi les personnalités présentes, Frank Lloyd Wright, son aîné de quatre ans.

Marion Mahony partage avec ce coworker les mêmes fascinations pour le décor, l’Orient et Louis Sullivan. Il l’embauche et déménage son studio dans une maison du quartier résidentiel d’Oak Park, agrandie au gré des naissances de ses six enfants et de l’arrivée de nouveaux collaborateurs. Parmi eux, Marion aligne ses compétences à celles de Wright : elle est la première femme des États-Unis à obtenir la licence professionnelle. Dans un premier temps, une admiration réciproque stimulante se tisse. Si Marion Mahony participe à la conception de mobilier et de vitraux, c’est avec ses rendus perspectifs qu’elle définit l’empreinte graphique wrightienne, puissant outil de persuasion auprès des clients. (...)

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