C’est un des plus beaux flagrants délits de greenwashing de ces dernières années, des tours en béton qui prétendent compenser leur bilan carbone en plantant des arbres sur de grands balcons. Julien Pathé, ingénieur civil spécialisé dans le développement durable pour la coopérative 2401 basée en Suisse, s’est très sérieusement penché sur ce bilan pour en dévoiler l’imposture. EC
Il faut reconnaître au concept de forêt verticale une force d’une efficacité rare : celle de l’image qui s’impose d’elle-même. Une tour hérissée d’arbres comme égérie de la construction écologique en ville, c’est le bon sens qui se passe d’argument. Le gris devient vert, et le vert, comme chacun le sait, est bon pour l’environnement. D’ailleurs l’imaginaire collectif ne s’y trompe pas : tapez « bâtiment écologique » dans un moteur de recherche, et ce sont des façades couvertes d’arbres qui s’imposent, presque sans concurrence.
À Chavannes-près-Renens en Suisse, la tour des Cèdres de l’architecte Stefano Boeri s’inscrit dans le sillage de son projet Bosco Verticale, livré à Milan en 2014, et son manifeste « Urban Forestry ». Ce dernier est sans appel : l’installation d’arbres sur les bâtiments permet de « nettoyer l’air pollué » et de « réduire drastiquement le CO2 ».
Le manifeste s’appuie pourtant sur un fait réel : les forêts absorbent une part considérable des émissions de CO2. Le glissement (ou l’arnaque) est là : ce qui est vrai à l’échelle planétaire est appliqué, par contiguïté rhétorique, à quelques dizaines d’arbres perchés sur des balcons. Un problème d’échelle, donc, mais aussi de moyens déployés pour faire fonctionner une nature sous perfusion. (...)