Copyright : © Filip Dujardin

Pour le meilleur et pour le pire, conception, construction et fonctionnement des édifices sont aujourd’hui indissociables de leur impact sur l’environnement. D’une part, les multiples acteurs impliqués – élus, investisseurs, maîtres d’ouvrage, architectes, bureaux d’études et usagers – sont amenés à adapter tant leur discours que leurs pratiques. D’autre part, les bâtiments montrent et signifient plus ou moins – et parfois pas du tout – l’écologisation à l’œuvre. Pour tenter de s’y retrouver et identifier certains enjeux sous-jacents, je propose d’envisager quatre cas de figure théoriques : un édifice peut n’avoir rien d’écologique et se présenter comme tel ; être peu ou pas écologique, et pourtant s’afficher comme exemplaire ; être écoconçu et écoconstruit, mais n’en laisser rien paraître ; enfin être vertueux d’un point de vue environnemental et en donner une expression. À partir de là, il me semble possible d’ouvrir le débat sur les relations qui peuvent et doivent exister ou non entre éthique et esthétique dans l’architecture contemporaine.

Business as usual

En Europe, et plus encore ailleurs sur d’autres continents, en dépit de ses effets avérés sur le réchauffement climatique, sur l’épuisement des ressources et sur la réduction de la biodiversité, la logique de l’urbanisation et de la modernisation du cadre bâti suit globalement son cours. La fabrique de l’architecture est alors guidée par le modus operandi de l’industrie de la construction, et peut-être même davantage par la recherche de profit des acteurs de l’immobilier. La réglementation est certes respectée, mais le coût environnemental n’est pas vraiment pris en compte, ou alors dans une logique de développement durable qui, de fait, reste purement économique. Les typologies, morphologies et matérialités des édifices doivent séduire les investisseurs, le langage architectural étant ici nécessairement compatible avec celui du marketing. Rouages indispensables de cette mécanique, les maîtres d’œuvre suivent et parfois initient les modes et tendances dont le renouvellement rapide participe à ce phénomène de destruction créatrice propre au capitalocène. Dans ce cas de figure, il n’y a guère de relation entre éthique et esthétique, la première n’ayant pas vraiment sa place en matière d’architecture. (...)

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