Copyright : © Antoine Mercusot

On pourrait opposer deux manières d’envisager la contemporanéité de l’architecture du logement collectif. L’une consisterait à repartir d’une page blanche pour dessiner de nouvelles typologies débarrassées des conventions que les changements anthropologiques de la famille, du travail ou du genre rendraient obsolètes. L’autre s’étayerait davantage sur une culture du logement héritée des années 1960 et qui, tout en faisant sienne les acquis de la modernité, la mettait en crise, questionnant notamment sa capacité d’acceptabilité sociale : vivre la densité tout en conciliant ce désir d’individualité qui pousse une majorité des Français à vouloir vivre en pavillon. C’est à cette injonction apriori inconciliable que répond cette opération livrée l’année dernière à 30kilomètres au sud de Paris par les HarariEn se fondant sur leur longue expérience du logement collectif et sur une culture acquise en dehors des références rebattues, les architectes sontparvenus à résoudre magnifiquement cette contradiction, offrant le plaisir d’une expérience urbaine aussi rare que précieuse, qui leur a valul’automne dernier le Prix d’architectures10+1.

Maître d’ouvrage :  Immobilière 3F

Maîtres d’œuvre :  Jean et Aline Harari, Franck Lemoine (chef de projet)

Paysagiste : D'ici là

Entreprises : Tekhne Ingénierie ( BET TCE), ESPB (gros oeuvre), Delta Sud (briques)

Programme : 56 logements sociaux, commerces et activités

Surface : 3 990 m² (SHAB), 5 378 m² dont 984 m² de surface commerciale (SDP)

Coût : 12,2 millions d’euros HT

Livraison : 2018-2025

 Si cette opération peut être vue comme l’apogée d’une certaine culture architecturale, sur laquelle nous allons revenir brièvement, elle est aussi l’aboutissement d’une longue pratique architecturale commencée à l’orée des années 1980 avec l’association de Jean Harari et Patrick Bouchain au sein de « l’agence Standard (atelier de production des idées réunies) ». Une décennie plus tard, avec Aline Harari, l’opération des rues Marceau et Diderot à Montreuil expérimentait déjà la morphologie en demi-niveaux (split level) que l’on retrouve aujourd’hui à Arpajon. En 2015, les 60 logements de Chanteloup-en-Brie (77), avec leur art de concilier immeuble collectif et clusters de logements individuels, annoncent eux aussi cette opération, déjà avec Immobilière3F, un maître d’ouvrage avec lequel une relation forte s’est nouée au fils des projets. 

L’architecture du projet d’Arpajon est aussi le fruit d’années d’enseignement à l’ENSA La Villette pour Jean et, pour le couple, d’une culture patiemment acquise au fils de voyages et de découvertes qu’ils évoquent avec enthousiasme. Des références souvent puisées dans les pays du nord ou l’Angleterre, où le concept de logements low-rise high-density, appliqué à une mixité typologique,s’est développé depuis longtemps. Mais c’est moins à leurs typologies proprement dites que les deux architectes s’attachent qu’à ce qu’elles produisent en termes de sensation spatiale et d’urbanité. Certaines sont bien connues, comme le village de Fredensborghusene au Danemark (Jørn Utzon, 1960), les autres le sont moins : les maisonnettes de Dunboyne Road Estate à Londres (1960), les logements sur l’Alexandra Road à Camden (1978) ou la Medina de Eindhoven (2002) de Neave Brown, les Lillington Gardens (Darbourne & Darke, Pimlico, Westminster, 1961-1971), l’ensemble d’Odhams Walk à Covent Garden à Londres (Donald Ball, 1979), Gartenstadt à Puchenau, au bord du Danube en Haute-Autriche (Roland Reiner, 1963-2000). Enfin, plus récemment, le complexe résidentiel Pandreitje à Bruges (Haverhals-Heylen, 2000-2002) sur le terrain d’une ancienne prison. (...)

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