Pionniers de l’architecture en bois en France depuis 1991, les membres fondateurs de Tectoniques, associant architectes et ingénieurs, ont passé le relais à une nouvelle génération qui livre ses premières opérations depuis le début des années 2020. C’est justement leur expertise dans le bois qui les a toujours incités à hybrider leurs projets avec d’autres matériaux lorsqu’ils les jugent plus pertinents : pierre, terre, acier ou béton. Cette opération de 84 logements illustre cette mixité des mises en œuvre autour d’un plan qui magnifie l’exposition plein sud sur la vallée de la Saône.
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Maître d’ouvrage : Icade et REI Habitat Maîtres d’œuvre : Tectoniques Paysagiste : Axe Saône Entreprises : Terre Eco (qualité environnementale), Tectoniques Ingénieurs (économiste, structure, fluides), Leguillette (acoustique), Fondaconseil (géotech), JCA Développement (OPC) Surface : 6 123 m2 Coût : 10 millions d’euros HT Livraison : 2024 |
Trévoux, à une demi-heure au nord de Lyon, s’étend à l’extrados d’une boucle de la Saône. À l’est du centre-ville, le nouveau quartier des Orfèvres, de 10 hectares, s’immisce dans un tissu pavillonnaire, s’organisant autour d’un parc, bordé au nord par l’opération menée par Tectoniques.
La coupe tire parti de la déclivité du terrain : quatre plots rectangulaires parallèles à la pente, deux par deux. Ceux situés au nord s’élèvent à quatre ou cinq étages. Ils s’appuient sur un parking encastré dans le terrain qui déborde pour former une terrasse, celle-ci prolongeant le rez-de-chaussée et trouvant sa lumière naturelle sur le jardin central. Les bâtiments situés au sud ne font que deux étages mais, leur rez-de-chaussée étant au même niveau que le parking, ils ne dépassent pas le premier étage des bâtiments au nord, préservant ainsi les vues.
En arrivant en amont depuis le nord, l’apparente austérité du plan-masse et des volumes cache une complexité perceptible dès que l’on franchit le passage entre les deux bâtiments. Cet entre-deux nous projette au sud vers la Saône, par-delà les terrasses et jardins au centre de l’opération. Cette faille traverse transversalement toute l’opération. L’effet d’étagement en terrasse vers l’aval et surtout le point de fuite vers le paysage lointain, en nous transportant dans sa grande échelle, atténuent la frontalité des façades.
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© Emmanuel Caille
Des lieux hybrides
À l’intérieur de l’îlot, toutes les façades disparaissent derrière de larges balcons de 1 mètre 80 ou des coursives. Ce système de distribution permet de rendre tous les logements traversants. Certains bénéficient même d’une triple orientation. Cette large épaisseur protège l’intimité des appartements dont les séjours et des chambres se prolongent par de grandes baies vitrées, toute en offrant des lieux hybrides entre domesticité et espace ouvert sur le commun. Largement ensoleillée, cette grande cour-jardin devient ainsi potentiellement un lieu animé de tous les usages que ces dispositifs suscitent.
Si toutes les façades sont en bois, seuls les deux bâtiments sud sont en ossature bois. Ceux au nord, de trois à quatre niveaux, ont une structure poteaux-béton. L’absence de voiles porteurs recoupant les appartements offre une grande liberté de plan et une potentialité d’évolution pour reconfigurer autrement les logements. Balconnage et distributions en coursives sont constitués d’une exostructure en bois.
La maîtrise constructive de Tectoniques, jusque dans les détails de modénature qui exalte la rationalité structurelle de la mise en œuvre, ne fait pas craindre la dégradation de l’opération, elle fait au contraire espérer que la patine du temps la rendra encore plus belle qu’aujourd’hui.
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© Emmanuel Caille



