Récemment restauré, le portail polychrome du massif occidental de la cathédrale d’Angers ne pouvait rester à tout vent, au risque de se dégrader. L’architecture que vient de livrer Kengo Kuma au pied de cette haute et étroite façade qui surplombe la Maine a donc essentiellement un rôle fonctionnel comme il se doit pour le premier des arts. Elle protège l’un des témoins majeurs de la sculpture monumentale médiévale française. Mais l’exercice ne s’arrête pas à cette politesse élémentaire et, mêlant évidences et ambiguïtés, cette nouvelle architecture répond également à des enjeux urbains et paysagers tout en déployant une force poétique évidente accordée à celle du monument.
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Maître d’ouvrage : ministère de la Culture (DRAC Pays-de-la-Loire) Maîtres d’œuvre : Kengo Kuma and Associates (KKAA), Brunelle, Betem, 8’18” Programme : ouvrage de protection du portail occidental Surfaces : 147 m2 Coût : X millions d’euros HT Livraison : avril 2026 |
La cathédrale d’Angers est l’une de ces architectures insignes que la France compte. Initiée au XIIe siècle, elle en est d’ailleurs devenue monument historique, un statut que l’on commence aussi à attribuer aux œuvres des années 1970, lesquelles rentrent de plain-pied dans l’histoire. Repère urbain par définition, la cathédrale s’élève au bord d’un promontoire rocheux qui surplombe l’affluent de la Loire. Sur cette proéminence géologique longeant la rivière sur 500 mètres se développe le quartier médiéval de la cité avec ses ruelles étroites et pavées. La cathédrale marque l’une de ses extrémités, tandis que l’autre est occupée par le château qui abrite l’étonnante tenture de l’Apocalypse tissée au XIVe siècle.
La croissance de la ville fait qu’on découvre aujourd’hui cette cathédrale plutôt par son chevet polygonal. Il apparaît, notamment dans la perspective de la rue Saint-Aubin, enchâssé entre deux immeubles d’habitations. Il faut longer la chaotique façade sud du monument, franchir le resserrement qui sépare la place Freppel du parvis de la cathédrale, pour découvrir à revers la haute façade occidentale au pied de laquelle est construit l’édicule protecteur de Kuma. C’est alors un tout autre espace public que l’on discerne : une imposante percée urbaine s’élançant dans l’axe de la cathédrale et qui, en une série de 4 degrés en pas-d’âne, descend jusqu’au bord de la Maine. C’est la montée Saint-Maurice, aménagée en 1919 à la suite de multiples projets avortés émaillant tout le XIXe siècle. À l’inverse de la discrétion des accès depuis la ville, cette percée offre une perspective monumentale puissante sur la façade de la cathédrale, notamment depuis les quartiers outre-Maine. Ce détour préalable par la ville est utile car nous verrons que l’œuvre de Kuma s’impose telle une réponse séduisante à ce double enjeu : celui du portail et celui du paysage urbain. (...)