Évoquant les premières scènes de 2001 : l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, un monolithe presque noir a récemment fait son apparition sur l’Avenida Paulista, l’une des artères les plus emblématiques d’Amérique latine. Conçue par METRO Arquitetos, la nouvelle extension du musée d’art de São Paulo – icône de l’architecture brutaliste signée Lina Bo Bardi – redonne de l’espoir quant à l’avenir de ce patrimoine1. Il attire également l’attention sur le savoir-faire technique et conceptuel qui se développe au Brésil dans le domaine de la rénovation et de la transformation de bâtiments existants, y compris les plus ordinaires.
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Maître d’ouvrage : MASP, São Paulo Maîtres d’œuvre : Escritório Técnico Júlio Neves et METRO Arquitetos Ingénieur structure : Cia. De Projetos, Heloísa Maringoni Surfaces : 7 680 m2 (extension), 17 680 m2 (musée) Coût : environ 29 millions d’euros Calendrier : Début de construction, 2021 ; fin de travaux, hiver 2024 ; livraison, avril 2025 |
De nos jours, les références à Lina Bo Bardi (1914-1992) sont si fréquentes que l’on pourrait parler d’une véritable « Lina mania ». Pourtant, l’œuvre de l’architecte italo-brésilienne est restée largement méconnue en Europe jusqu’après sa mort. En 1995, Aldo van Eyck, figure du Team 10 connue pour son franc-parler, lui consacre une exposition à la TU Delft, aux Pays-Bas, la présentant comme un antidote à la starchitecture – supposément hors sol et dépourvue de sens civique – alors à son apogée2. La découverte de ses édifices, dans les années qui suivent, s’accompagne d’une inquiétude croissante face à leur état de dégradation. Au début des années 2000, l’architecte brésilienne Olivia de Oliveira, auteure d’une monographie sur Lina Bo Bardi, déplore que l’intérêt international grandissant pour son œuvre « soit inversement proportionnel à l’attention portée à ses bâtiments, qui subissent un processus incessant de détérioration et de mauvaise gestion3 ». Ce n’était pas toujours faute de moyens, insiste-t-elle, mais plutôt sous l’effet d’une tentation irrépressible de céder aux modes et aux intérêts commerciaux, à rebours des intentions de l’architecte. Jusqu’à une période récente, le musée d’art de São Paulo – le MASP – ne faisait pas exception. (...)