Copyright : © Charly Broyez

À proximité de la Porte d’Italie, en lisière du Kremlin-Bicêtre, le quartier Paul-Bourget, bordé au sud par le boulevard périphérique et à l’ouest par le parc Kellermann, formait autrefois une enclave résidentielle : un ensemble de tours et de barres d’habitation devenues vétustes, desservi par des espaces publics peu valorisés. L’opération de requalification du secteur, engagée en 2014, vise à désenclaver le site et à améliorer durablement le cadre de vie de ses habitants.

Porté par Elogie Siemp et la Semapa, et conçu par Urban Act, le projet urbain est ambitieux : renouveler la ville en créant des logements nouvelle génération sur quatre hectares et redonner une place centrale au végétal et à la biodiversité. Ainsi, les 485 logements du nouveau quartier s’organisent autour d’un nouveau parc public de 8 000 m², ce qui permet de protéger les habitations des nuisances acoustiques. Cette pièce végétale structurante tire pleinement parti des arbres existants et relie désormais le parc Kellermann à l’avenue de la Porte d’Italie.

Afin d’apporter de la mixité au quartier et de le valoriser, des immeubles tertiaires et d’activités – résidence hôtelière, médiathèque ou encore salle de sport – sont construits le long du boulevard périphérique et de l’avenue de la Porte d’Italie. L’organisation des programmes sur la parcelle entend maitriser la densité bâtie de l’ilot, dépolariser les vues sur le quartier, les perspectives vers le grand Paris, et libérer le sol en son cœur.

La grande hauteur à l'échelle domestique 

L’ampleur des enjeux urbains se manifeste sur le dernier lot du projet avec d’autant plus de force qu’il est le dernier lot à être conçu, le plus haut, le plus dense et qu’il accueille le seul équipement de quartier de la ZAC : une médiathèque, 75 logements familiaux (LA Architectures) et une résidence étudiante, de 75 logements également (atelier Régis Roudil).

Le socle accueille la médiathèque sur deux niveaux, identifiable par ses grandes arches vitrées. De ce socle d’équipements actifs et de porches habités émergent trois volumes dont les deux plus hauts marquent pour l’un les logements familiaux, au nord et en balcon sur le parc, et pour l’autre la résidence étudiante, au sud et donnant sur une nouvelle placette. Depuis l’été 2025, la médiathèque a ouvert ses portes au public et l’îlot accueille de nouveaux résidents.

Cet ensemble est à la croisée des échelles : d’un côté, l’épaisseur et la hauteur de l’îlot tertiaire, assemblage de prismes vitrés, et de l’autre, l’écriture épannelée et plus basse des logements encadrant le jardin Laure Albin Guillot. Se pose ainsi la question de l’échelle de la hauteur.

Dans ce quartier, construire en hauteur a permis de libérer une place pour requalifier le sol et l’espace public. Pour autant, la question de la domesticité de cette hauteur se pose lorsqu’il s’agit de logements :

qu’est-ce qu’habiter la hauteur, comment requalifier l’image des barres et des tours et l’image d’une hauteur mal vécue dans les années 60 ?

Construire haut, avec un travail fin sur la densité ressentie, passe notamment par le rapport du logement à son environnement, ses vues, orientations et les espaces libres pour contrebalancer la densité du programme.

Au nord, les appartements ont vue sur le par cet Paris. Au sud, une vue dégagée au-dessus du périphérique. À l’ouest une qualité d’ensoleillement, de vues et de calme sur le parc. À l’est, le rapport à la rue est plus brutal, la question essentielle est donc la relation avec la Rue Germaine Krull : tant dans le rapport qu’elle entretien avec les logements, que dans ce que le projet peut lui apporter.

Le rez-de-chaussée du projet participe ainsi à adoucir cette rue, à l’éclairer, et à l’animer par sa signalisation et ses usages. Le projet se construit en rapport avec les vues lointaines et les vues proches, celles entre les différents éléments du programme. Les façades ne se font jamais réellement face, ce qui est permis par la forme atypique de la parcelle. Ainsi, les logements ont toujours des vues obliques et des échappées visuelles vers des contextes proches ou lointains.

La question de l’échelle se retrouve également au sein même de la volumétrie générale du bâtiment, synthèse des besoins des logements, et dans la manière de travailler la hauteur à travers l’échelle de la fenêtre, de la façade et l’architecture du socle. Les besoins sont différents entre le rez-de-chaussée et les étages : l’architecture va traduire ces besoins et s’appuyer dessus pour proposer une lecture de socle commun aux programmes, socle vivant et habité, objet intelligible depuis la rue pour orienter les publics vers les différents programmes. La résidence étudiante et les logements familiaux s’élèvent en des volumes sobres au-dessus de ce socle. Socle et émergences sont liés par une trame et matérialité identiques, béton gris clair chaud, et métal aux teintes dorées. Les programmes des deux proues s’intègrent au site dans un dégradé de volumes dont les écritures architecturales se font écho.

Le socle - médiathèque Virginia Woolf 

La médiathèque se développe au rez-de-chaussée dans un volume de 7 mètres de hauteur, permettant d’y aménager un deuxième étage en « mezzanine ».  Elle est composée de trois entités fonctionnelles accueillant le public qui s’organisent dans un large espace vitré. L’espace pédagogique est implanté dans l’angle donnant sur la rue Germaine Krull et il marque la proue du bâtiment. Les espaces d’accueil, d’orientation, multimédias et de consultations se développent sur les deux plateaux du bâtiment, le long du jardin public, au nord et à l’ouest.

Le rez-de-chaussée est dédié aux adultes et la mezzanine aux enfants et adolescents. Les deux niveaux sont mis en relation par un escalier droit occupant la trémie centrale au niveau de l’entrée de la médiathèque. Enfin, la salle de « co-working », appelée salle de travail, est un espace traversant qui met en relation visuelle le jardin en bande de la médiathèque et la cour intérieure plantée. Il est partagé avec les étudiants de la résidence qui peuvent y accéder par la cour intérieure lorsque la médiathèque est fermée.

Cette répartition de l’espace a été pensée pour avoir des accès indépendants pour les trois entités tout en inscrivant la salle de travail et l’espace pédagogique dans la continuité spatiale de la bibliothèque, pour les comprendre comme une entité unique. Elle permet également un accès direct entre la salle de travail et la résidence étudiante.

Écriture architecturale

Les deux étages de la médiathèque sont liés grâce à un système d’arcade en façade. Cette succession d’arcades permet de signaler et d’identifier le lieu, tout en harmonisant les différentes façades de l’équipement. Les grands vitrages de l’espace pédagogique en double hauteur, seul lien direct entre la rue et la médiathèque, marquent un signal depuis la rue en mettant en exergue la présence de l’équipement culturel. Ils sont doublés en partie basse par des panneaux d’exposition à l’intérieur, pour préserver l’intimité des personnes pendant les activités des associations. Cette façade devient vitrine de la médiathèque et véritable support de communication.

Ambiances extérieures

Le parvis de la médiathèque qui longe le jardin public est traité comme le prolongement de l’espace public. C’est un cheminement minéral, ponctué d’assises, de massifs plantés et d’une terrasse à l’angle nord-ouest. Le large portail ouvert invite le public à emprunter ce cheminement contournant le parc public. La bande à l’ouest devient un jardin contemplatif à la hauteur des allèges pleines alignées aux tables de travail. Cela permet de réduire la surface vitrée, de créer un lien visuel entre intérieur et extérieur, mais aussi de générer un cadre de travail calme et agréable. La cour intérieure est largement plantée. Cet espace est vu de tous et uniquement traversé par les étudiants et le personnel de la médiathèque. Les autres usages sont limités afin de réduire les nuisances qui pourraient en découler vis-à-vis des logements superposés.

Ambiances intérieures

L’architecture vise à créer une ambiance sobre et feutrée. Sur la base d’un aménagement simple, avec un sol en linoléum en rez-de-chaussée et une moquette en étage, des murs et un plafond acoustique dans des teintes naturelles claires, la matérialisation des différents espaces s’exprime par le mobilier (rayonnages, bacs, assises…). Le confort thermique et acoustique est assuré par des matériaux bruts, utilisés là où ils sont le plus pertinents du point de vue de l’entretien et de la durabilité.

L’ambiance chaleureuse des arches et les matériaux « bruts » sont adaptés et complémentaires à la mission mobilière de réemploi mis en place par la Ville de Paris dans les médiathèques, et viennent renforcer l’identité du lieu. La trémie de l’escalier central met en relation les espaces adultes et enfants par un vide en double hauteur. La base de l’escalier mêle présentoirs, assises et plantes sur une estrade en bois. Elle participe à l’ambiance et au soin apporté aux usages et au confort visuel et de qualité de l’air intérieur.

Mobilier de réemploi

La mission mobilier de la médiathèque a été suivie par la Direction des Affaires Culturelles de la Ville de Paris, dans une période de renouvellement de leurs contrats cadres. Ce contexte a permis au directeur et à la directrice adjointe de la médiathèque Virginia Woolf d’expérimenter des collaborations avec plusieurs entreprises d’upcycling. Il en résulte un aménagement cohérent et chaleureux, constitué de mobilier de bibliothèque sur-mesure réalisé à partir de différents bois de récupération, d’assises de réemploi, de tables fabriquées à partir d’anciennes portes, de panneaux acoustiques en textile recyclé etc. Le mobilier a été commandé pendant le chantier et intégré aux plans d’aménagement, ce qui a permis d’ajuster la conception et les renforts nécessaires.

Les émergences - Logements familiaux et résidence étudiante 

La résidence étudiante et les logements familiaux s’élèvent en des volumes sobres au-dessus du socle. Un volume en R+11, occupe le nord de la parcelle. L’épaisseur de ce volume permet de minimiser l’implantation de logements sur la façade est, en y plaçant de grands logements bi-orientés. Un volume en R+4, longe les façades ouest et sud de la parcelle et le parc. Enfin, une émergence polymorphe en R+7 surplombe la placette et occupe la pointe sud de la parcelle, en proposant des orientations variées pour les logements étudiants.

Les logements familiaux

L’accès au hall d’entrée se fait depuis le porche. Il distribue les locaux communs (vélos-poussettes, déchets et boites aux lettres), qui sont sur le passage des habitants. Deux ascenseurs sont immédiatement accessibles, et un maintien visuel avec la cour est conservé au travers du sas thermique vitré. Dans les étages, une circulation unique et centrale distribue entre 5 et 8 logements par niveau. Chaque étage accueille des typologies de logement variées, allant du T1 au T5. Dans ce principe de plan épais, 40 logements sont biorientés en angle, du T2 au T5, tandis que les 35 autres logements sont orientés au sud, au nord ou à l’ouest, sans qu’aucun ne soit mono-orienté sur la rue Germaine Krull. Une dizaine de T3 sont proposés en duplex. L’implantation permet d’offrir des logements fonctionnels dont l’organisation jour/nuit, pour les plus grands, a été soigneusement pensée.

La résidence étudiante

Située à l’extrémité sud de la parcelle, la résidence étudiante s’inscrit dans une logique de «petite ville verticale», où la densité maîtrisée favorise la qualité d’usage, la vie collective et la libération du sol pour créer des espaces extérieurs généreux. Le projet découle des relations fonctionnelles entre les entités du programme, qui ont guidé à la fois l’organisation intérieure, l’échelle du bâtiment et l’expression de ses façades. Son écriture architecturale sobre, lisible et cohérente, est en lien étroit avec les logements familiaux et la médiathèque. La façade du bâtiment s’organise autour d’une trame en béton et métal, directement issue de l’organisation des chambres. Cette trame structure la façade tout en affirmant une rigueur constructive. Les pleins et les vides expriment les usages intérieurs, donnant à lire la logique du bâtiment depuis l’espace public. Les loggias en proue, la composition volumétrique et la rationalité des percements participent à créer un dynamisme en façade, tout en maintenant une grande sobriété de langage.

La résidence repose sur quatre strates superposées, chacune identifiable en façade et liée à son usage spécifique. Le socle est en lien direct avec la rue et l’espace public, il regroupe les espaces d’accueil, la loge, les boîtes aux lettres, la laverie et les locaux vélos. Il définit le rapport au sol et structure l’entrée principale au sud du bâtiment. Les étages dédiés aux chambres étudiantes sont organisés autour d’une trame régulière, ces niveaux traduisent en façade la rigueur et la clarté de la distribution intérieure. Les circulations éclairées naturellement offrent des vues multiples sur la ville et favorisent une appropriation douce des espaces. Le cinquième étage constitue quant à lui le cœur collectif de la résidence. Il regroupe les espaces communs (salon, cuisine partagée et salle de travail), le logement du gardien, ainsi qu’une terrasse tournée à la fois vers la ville et vers le parc. Ce niveau favorise l’échange, la convivialité et le vivre-ensemble, tout en affirmant l’ouverture de la résidence sur son environnement. Enfin, le niveau technique de l’attique (toiture) est en retrait et accueille les équipements du bâtiment. Son traitement discret, avec des garde-corps reculés, allège la silhouette du projet et affirme une finesse dans son rapport au ciel. La résidence étudiante se présente comme un lieu de vie dense mais agréable, fonctionnel mais ouvert, sobre mais généreux. Par sa stratification programmatique, ses espaces collectifs valorisés, sa cour intérieure végétalisée et son ancrage urbain maîtrisé, elle propose un modèle d’habitat étudiant à la fois accueillant, durable et intégré dans son environnement.

Une matérialité durable et chaleureuse

Une ambition qualitative forte se traduit au travers du choix de matériaux robustes, durables et sensibles : le béton préfabriqué pour la rigueur et la pérennité, les murs à ossature bois et le bardage bois qui apporte une dimension chaleureuse, naturelle et domestique, et les menuiseries mixtes en aluminium-bois, qui allient performance, durabilité et confort d’usage. Cette palette matérielle crée un équilibre entre technicité, économie de moyens et qualité perçue, au service des futurs usagers.

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Programme :

75 logements sociaux familiaux du T1 au T5

75 logements étudiant, logement de fonction, locaux communs

1 Médiathèque et son jardin d’agrément

Adresse : Rue Germaine Krull, 75013 PARIS

Maîtrise d'ouvrage : 

ELOGIE SIEMP

Pour le compte du CROUS (gestionnaire), Résidence étudiante

Pour le compte de la ville de PARIS

(convention de transfert de MOA), Médiathèque

Urbaniste ZAC : Urban-Act

Type de marche :

Mission de MOE base + missions complémentaires

Calendrier : 

Consultation concours restreint sur esquisse printemps 2019

Études de projet : septembre 2019 – mai 2021

Travaux : novembre 2022 – mai 2025

Groupement de maîtrise d'ouvrage : 

LA Architectures, architecte mandataire, architecte Médiathèque et logements

Atelier Régis Roudil, architecte co-traitant, architecte résidence Etudiante

EVP, structure

EODD, environnement

CDB, acoustique

ECALLARD, économiste

POUGET, fluides et thermique

NEBBIA, paysage

Nathalie CHAPPE, VRD

AXCE, sécurité

Entreprise : BOUYGUES BÂTIMENT HABITAT SOCIAL

Surfaces :

Logements familiaux : 5 220m²

Résidence étudiante : 1980m²

Equipement culturel : 1230m²

TOTAL SDP = 8 430 m²

Coût de construction 

Logements familiaux : 13 422 000 euros HT

Résidence étudiante : 4 931 000 euros HT

Équipement culturel : 4 437 000 euros HT

Profil environnemental : 

LOGEMENTS: CERQUAL NF Habitat HQE niveau Excellent - Label E3C1

RÉSIDENCE ÉTUDIANTE: CERQUAL NF Habitat HQE niveau Excellent - RT 2012 -30% - Label E2C1

MEDIATHÈQUE: Label BDF niveau Bronze

Crédits photos :

©11h45

©Charly Broyez