Réhabiliter c’est comprendre, au-delà des dysfonctionnements ou réussites d’une structure architecturale, son potentiel inachevé, son projet inavoué ou inconscient.
La construction d’origine, organisée autour d’une rue intérieure, a connu plusieurs extensions et restructurations, déséquilibrant son centre de gravité. Actuellement, l’Institut National des Sciences Appliquées de Strasbourg possède plusieurs centralités qui ne sont pas connectées entre elles.
Mettant à profit le plan d’origine, réglé au cordeau par François Herrenschmidt et Jean Démaret en leur temps, le projet de réhabilitation et d’extension de l’INSA Strasbourg repose sur trois axiomes.
- Le premier est de boucler, par la création d’une seconde rue intérieure, un maillage de circulations permettant de relier les différentes extensions au bâtiment d’origine et dégager des espaces extérieurs végétalisés dont le jardin des prototypes où pousseront grands sujets et projets d’étudiants. Les flux dans l’établissement sont optimisés et simplifiés.
- Le second est d’incarner la pédagogie spécifique à l’INSA, qui place la manipulation empirique au cœur de l’enseignement. La réorganisation géographique de ses départements permet de matérialiser un processus partant des ateliers d’expérimentations à l’échelle 1:1 au Sud de l’école, puis passant par les plateformes et salles de cours, pour aboutir à la nouvelle entrée au Nord, vitrine de ses activités sur le boulevard et la ville.
- Le troisième axiome est de reloger l’école d’architecture dans un bâtiment neuf adapté à ses besoins. Les services administratifs bénéficient de ce mouvement : regroupés dans l’ancienne aile dédiée à l’architecture, autour du hall principal, ils gagneront en présence, en efficacité et en lisibilité.
Ces interventions épousent les bâtiments existants en adoptant les mêmes rythmes structurels et les mêmes objectifs : être des architectures de l’usage, épurées, régulières, lumineuses, s’effaçant au profit des relations inter-usager·es, inter-départements, s’adaptant aux pédagogies. Elles se distinguent par leurs ossatures mixtes didactiques et revêtements en bois et pierre, qui rappellent avec malice aux élèves de l’INSA, constructeurs de demain, d’envisager le futur avec des matériaux naturels et renouvelables.
Conserver l’existant est le premier acte d’un projet durable. Sur le boulevard de la Victoire, axe majeur du Campus Esplanade, l’INSA Strasbourg retrouve de sa superbe. Les façades sont isolées, les menuiseries remplacées, l’angle redessiné. L’entrée, conçue par François Herrenschmidt et Jean Démaret au début des années 1960, est rouverte sous le bas-relief.
L’école devient vitrine des activités de ses élèves : les fenêtres hautes opalescentes du rez-de-chaussée sont abaissées et parées et vitrage transparent. D’un regard des passants découvrent un vaste foyer, lieu de vie et d’expositions. Au-dessus de l’auvent, la disposition de baies fixes intrigue. Élèves, enseignants, visiteurs, sont accueillis dans un lobby en triple hauteur qui place au centre d’établissement l’administration et les bureaux des associations installés dans les étages -en lieu et place de l’école d’architecture relocalisée dans l’extension.
Dans les étages, la structure initiale du bâtiment, régulière, permet d’y glisser les bureaux par des aménagements robustes mais aussi réversibles. Les poteaux de béton sont laissés brut. Les menuiseries bois et leur encadrement de bois confèrent à ces espaces de travail une ambiance domestique. Dans le foyer, le long boulevard de la Victoire, le grand volume de la salle d’exposition, devenue salle d’examens, est conservé. Les poteaux, dégradés, sont habillés de bois. En reprise du socle, pas d’effet superflu : les assemblages de béton brut s’affichent, la gouttière file droit. Les menuiseries à bascule des étages sont remplacées par des ouvrants à la française, plus performants mais aussi plus manipulables et simples d’entretien. Leur coloris sombre se fond dans le vitrage et souligne les éléments structurels aux teintes claires. Les menuiseries du niveau bas, abaissées et mises au nu extérieur intègrent de larges tablettes de frêne : assises ou support d’exposition. Le pin, qui marque les interventions contemporaines sur le bâtiment habille l’isolant et participe à la réduction du bilan carbone du bâtiment. Aucune matière n’est mise en œuvre en vain mais porte du sens. Les aménagements sont déclinés dans le même bois, tel le bureau des agents d’accueil est déplacé dans le débord de l’auvent, en interface entre le boulevard et le foyer. Au sol, le carrelage, trop endommagé, doit être démoli. Suivant l’exemple des constructeurs antiques, ce gisement de matière est transformé en terrazzo. Les carreaux prélevés sont concassés sur une plateforme à 12km de l’INSA. La formule est établie et posée par une entreprise basée à 27km de l’école. Un patio est creusé dans la halle d’expérimentation du département de Génie mécanique. La trame au sol reprend celle de la structure. La nouvelle rue intérieure et des salles de travail entourent le patio. Entre les deux, la végétation émerge.
Le bon matériau au bon endroit : dans les salles autour du patio, le béton règne en structure sous le niveau du sol, au-dessus le bois prend le relais.
Une nouvelle rue intérieure traverse le site, en miroir de celle existante, pour boucler le maillage de circulations. La structure bois, le passage des fluides, les menuiseries suffisent à la caractériser. Cette rue permet de relier le bâtiment boulevard de la Victoire au nouveau bâtiment de l’école d’architecture et aux différentes halles d’expérimentation des départements d’ingénierie désormais organisés par unité d’enseignement.
Les halles sont restructurées pour plus de confort thermique, acoustique, mais aussi être des lieux d’expérimentation flexibles au quotidien et adaptables à de nouvelles machines, de nouvelles pédagogies. Le second œuvre est simplifié : des panneaux de pin robustes, support d’affichages en partie basse, des rails accessibles pour l’électricité. Et dans les parties inaccessibles dont le cloisonnement a été modifié, pas besoin d’enduire et peindre les plaques de plâtre : le motif régulier du placo et bandes de joints séduit. Les cours sont renaturées. Un ruban sillonne entre les arbres existants pour permettre les livraisons. De part et d’autre, la végétation se développe, déborde de ses limites, grimpe sur les bâtiments. L’îlot de béton devient jardin, pour le plaisir des élèves qui peuvent y faire une pause, ici nichés sur le prototype de l’école d’architecture. Répondant au bâtiment des années 1960, à la pédagogie en constante évolution, à nos convictions écologiques, la nouvelle école d’architecture est condensée en une carcasse structurelle et régulatrice, dans laquelle se glissent les éléments de programme, interchangeables, évolutifs. Cette démarche croise le low-tech, la frugalité, la logique, peu importe le nom qu’on lui donne.
Il s’agit d’utiliser les bons matériaux pour les bonnes raisons, de chercher plus d’économie de matière pour plus d’usages, de polyvalence, de simplicité et de bon sens. Le hall donne le ton : la structure du bâtiment fait son architecture, le second œuvre est limité au minium, pas de dépense de matière inutile. Les qualités des matériaux sont révélées. L’escalier à double révolution permet aux élèves, répartis par promotion dans les cinq ateliers, de se croiser. Il transforme en un usage ludique la contrainte réglementaire des deux dégagements. Le noyau concentre réponses techniques et d’usages. Le béton, nécessaire pour reprendre l’ensemble des efforts du bâtiment, répondre aux contraintes de sismicité et de sécurité incendie, est assumé. La structure secondaire y converge. Les réseaux aussi, distribués longitudinalement. Les paliers sont traversants pour faciliter l’orientation des élèves. Les ateliers sont au cœur du quotidien des élèves de l’école d’architecture, dès leur arrivée pour les charrettes de diplôme. Ils y suivent la majorité de leurs cours, y travaillent en dehors des heures d’enseignement. Chaque étage accueille deux ateliers. Chaque promotion se voit attribuer un atelier pour l’année universitaire. La disposition des poutres primaires dégage, dans chaque atelier, un ou deux linéaires de baies vitrées, toute hauteur et un ou deux linéaires pleins d’affichages complémentaires à celui du noyau. Postes de travail, d’affichage et de projection, de rangement, salon, point d’eau, sont le support des activités des élèves et leurs enseignants. Les mêmes principes sont appliqués dans l’étage dédié aux enseignants et à la Plateforme – un plateau libre attribué pour un temps donné à un groupe d’élèves. Seul étage en simple hauteur, ce niveau est distingué en façade par son habillage de pierre. À la frugalité de la conception répond la variété des usages possibles dans chaque atelier : travailler seul ou en groupe sur table, faire une correction collective le long des panneaux d’affichages (12ml), s’installer pour un cours de dessin dans le salon, assister à un cours magistral avec vidéoprotection...
De l’échelle du bâtiment à celle du mobilier, l’économie de matière est tenue. Le mobilier a été conçu pour être robuste mais aussi mobile et fabriqué par une entreprise de la région. Le temps des charrettes de PFE, comme au fil de l’année, les élèves peuvent déplacer le mobilier pour trouver la disposition qui réponde à leur besoin. Si un plateau de table - en réalité une porte standard) est abîmé, il suffit de le sortir de son cadre pour le changer. S’il faut ranger une maquette haute dans une bibliothèque, il suffit de sortir une des étagères. À la fin de l’année, les élèves remettent en place l’atelier dans une configuration neutre pour permettre à la promotion suivante de se l’approprier.
Le nouveau bâtiment de l’école d’architecture a trouvé sa place au sein du campus renouvelé de l’INSA et au sein du Campus Esplanade en pleine régénération.
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© Camille Gharby |
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© Florry-Anne Simons |
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PROGRAMME
École d’architecture et restructuration de l’Institut National des Sciences Appliquées de Strasbourg. Construction d’un bâtiment pour l’école d’architecture, création d’une rue intérieure et liaisonnements. Restructuration des espaces d’accueil (hall, cafétéria, salle d’exposition), des locaux de l’administration, des plateformes, salles de classes, atelier échelle 1:1, fablab, de l’amphithéâtre. Renaturation des espaces extérieurs : cour de service, jardin des prototypes.
SUPERFICIES
2 200 m² extensions
9 500 m² restructuration
1 380 m² espaces extérieurs paysagers
APPROCHE ENVIRONNEMENTALE
Label Effinergie +
niveau Effinergie + : Bbio ≤ Bbio max – 20% et -Cep Cep max – 20% pour les constructions neuves
niveau BBC Rénovation selon la RT Existant
Globale avec : Cep réf – 40% pour les bâtiments réhabilités
CALENDRIER
Livraison phase 1 (école d’architecture rue intérieure, Patio, restructuration des plateformes) juillet 2022 Livraison phase 2 (restructuration du bâtiment A) juillet 2024
MAÎTRISE D’OUVRAGE
INSA Strasbourg
Conduite d’opération : rectorat de Strasbourg
ÉQUIPE DE MAÎTRISE D’OEUVRE
Architectes : COSA (Paul Perez, avec Chistophe Maignien), RHB architectes (Hugo Despeisses, Camille Duval)
Paysagiste : Bruno Kubler
Structure : Batiserf
Fluides et approche environnementale : Nicolas Ingénieries
Dépollution : Scamo Est
Acoustique : Jean-Paul Lamoureux
Économie : BMF
ENTREPRISES
Désamiantage, déplombage : Gcm gestion
Démolition, curage, fondations, gros oeuvre : J-P. Blanck
Structure bois & mur ossature bois non structurels, bardage, bois façades : Charpente Houot
Chapes, finition de sols : Terra Clean
Traitement de façades : Decopeint
Étanchéité, couverture : Soprema Entreprises
Menuiseries extérieures, occultation : Evoluglass Eurl -S.A Menuiserie Vollmer + Jfg Services Sa
Plâtrerie, cloisons, doublage, faux plafonds : Sas Stenger
Menuiseries intérieures bois, mobilier : Stutzmann Agencement
Métallerie, serrurerie : Laugel et Renouard
Revêtements de sols souples : Comptoir de revêtements de l’Est
Carrelage, faïence : Dipol
Peinture, nettoyage : Hittier et fils
Courants forts, courants faibles, vdi : Eiffage énergie systèmes Clemessy
Plomberie, sanitaire : Beyer
Ventilation, chauffage-désenfumage : Eiffage énergie systèmes Lohner
Ascenseur, élévateur : Ascenseur Montage Système
Vrd, aménagements extérieurs : Eiffage route Nord-Est S.N.
Échafaudage : Fregonese et fils
































