Cinq figures internationales illustrent la capacité de l’architecture à innover tout en respectant les ressources, les cultures et les communautés. Vers un futur bâti plus sobre, solidaire et résilient.
À Venise, le Global Award for Sustainable Architecture célèbre cette année sa 18ᵉ édition autour du thème : « L’Architecture est Construction ». Fondé en 2006 par l’architecte et chercheuse Jana Revedin, le prix distingue cinq démarches singulières qui démontrent que bâtir aujourd’hui engage bien plus que la fabrication d’espaces : c’est une pratique culturelle, sociale et écologique, profondément ancrée dans son temps.
Réunissant un jury international d’experts universitaires présidé par Jana Revedin, le Global Award 2025 a une fois de plus mis en lumière des architectes, urbanistes et paysagistes pour lesquels durabilité, engagement communautaire et innovation constructive sont indissociables. Les lauréats de cette édition ont été révélés à l’école d’architecture de Venise (IUAV) quelques jours avant l’ouverture de la biennale d’architecture. Cette 18e cérémonie du Global Award for Sustainable Architecture s’est conclue par un discours de Wang Shu, premier lauréat du prix en 2007 et Pritzker Prize 2012, qui en a salué la symbolique à titre personnel et sur la scène architecturale mondiale. Regroupés sous la devise « Dare, Transmit, Federate » (oser, transmettre, fédérer), les 90 lauréats de tous les continents partagent en effet la volonté commune de diffuser le savoir de la construction et selon leurs termes, de mettre la construction durable à la portée de tous. La communauté du Global Award accueille désormais sept nouveaux membres.
Salima Naji : architecture de la mémoire et du vivant
Anthropologue, architecte et artiste, Salima Naji déploie au Maroc une œuvre puissante de restauration et de revitalisation patrimoniale. Des greniers collectifs du sud marocain à la Kasbah Aghenaj de Tiznit, jusqu’à la renaissance de la citadelle d’Agadir Oufella, elle conjugue savoir-faire vernaculaire et dispositifs contemporains pour redonner vie aux architectures historiques. En valorisant l’autonomisation des communautés locales, elle fait de l’architecture un moteur de développement social et culturel durable tout en laissant s’effacer l’architecte au profit des spécificités et savoir-faire du lieu.
Revitalisation de la Citadelle d'Agadir Oufella, Maroc © David Goeury
Souk Tablaba – Oasis de Taghjijt, Maroc © Salima Naji
Hoàng Thúc Hào : bâtir avec les habitants
Au Vietnam, Hoàng Thúc Hào inscrit son travail dans une approche inclusive de l’architecture. À travers le Centre communautaire de Lam Son ou la Maison communautaire de Cam Thanh, il implique les populations locales dans la conception et la réalisation de projets ancrés dans leur environnement. S’appuyant sur des matériaux naturels, il développe des stratégies architecturales sobres et adaptatives, capables de renforcer la résilience et la dignité des communautés rurales. Fidèle au nom de son agence 1+1>2, son architecture parvient à dépasser les attentes des équations posées par effets rebonds. Dans une région en proie à la saturation grandissante des centres urbains, les travaux de Hoàng Thúc Hào équipent les régions les moins favorisées du Vietnam et régénèrent chez les habitants leur sentiment d’appartenance, ralentissant ainsi l’exode rural.
Maison Communautaire de Càm Thanh, Vietnam © 1+1>2 Architects

École maternelle et primaire de Na Khoang, Vietnam © 1+1>2 Architects
La Cabina de la Curiosidad : poésie constructive en Équateur
À Quito, Marie Combette et Daniel Moreno Flores explorent, avec La Cabina de la Curiosidad, les richesses matérielles et écologiques de l’Équateur. Leur approche transversale, qui mêle ethnographie, écoconstruction et design, prend corps dans des projets comme l’hébergement dans la Carrière Baños de Agua Santa ou le Centre d’Artisanat Chaki Wasi (« maison de paille du sol au plafond » en Quechua). Leurs projets parviennent à répondre aux enjeux sociaux localisés et tissent un rapport au grand paysage andin. Ces réalisations traduisent une architecture sensible et inventive, attentive à l’économie des moyens et aux savoir-faire et ressources locales.
Centre d'Artisanat Chaki Wasi de la Communauté Shalalá Zumbahua, Équateur © Oscar Velaso
Hébergement dans la Carrière Baños de Agua Santa, Équateur © Bicubik Photography
Marie et Keith Zawistowski : l’apprentissage par la construction
Architectes franco-américains installés dans le massif du Vercors et fondateurs de onSITE, Marie et Keith Zawistowski militent pour une pédagogie expérimentale de l’architecture. Héritiers dans l’esprit et anciens élèves du Rural Studio porté par l’architecte américain Samuel « Sambo » Mockbee en Alabama dans les années 90, ils associent étudiants, artisans et habitants dans des projets concrets, brouillant les frontières entre l’apprentissage, la construction et l’usage, comme la Maison (ou)verte rurale à Bordeaux ou les Abris Nomades du Vercors. Impliqués de la conception à la construction des espaces, ils revendiquent une intelligence manuelle leur permettant de distinguer les éléments produits transformés de la matière primaire, privilégiant cette dernière dans une architecture de la right-tech, simple et engagée. Leur projet pour le restaurant scolaire Jean Rostand de Bourgoin-Jailleu (38) bâti avec leurs étudiants de l’ENSA de Grenoble a également été primé par le jury du Prix d’a 10+1 en 2024.
Abris Nomades Villard de Lans, France © François Croisille
Restaurant Scolaire Jean Rostand, France © Maxime Verret
Andrea Gebhard : réintroduire la nature dans la ville
Urbaniste et paysagiste allemande, Andrea Gebhard revendique un urbanisme écologique, où chaque projet est pensé en synergie avec les milieux naturels pour une ville où le végétal n’a plus à s’exprimer en dehors des emprises bâties. Le Parc Paysager de Baumkirchen à Munich ou le Centre de Recherche en Catalyse de l’Université Technique de Munich témoignent d’une démarche qui intègre la biodiversité dès la conception. Présidente de la Chambre Fédérale des Architectes d’Allemagne (équivalent du Conseil National de l’Ordre des Architectes), elle œuvre à imposer la nature comme acteur à part entière du projet urbain.
Parc Paysager de Baumkirchen Munich, Allemagne © Sonja Weber
Centre de Recherche en Catalyse de l'Université de Munich, Allemagne © Marcus Hassler
Depuis sa création, le Global Award for Sustainable Architecture s’est imposé comme un observatoire mondial des nouvelles pratiques architecturales engagées. Organisée pour la première fois avec le soutien de l’Union Internationale des Architectes (UIA), sous le patronage de l’UNESCO et désormais soutenu par Saint-Gobain, il récompense des architectes qui, au-delà de la forme, repensent la place du bâti dans la société et l’environnement. Alors que les enjeux climatiques, politiques et sociaux redessinent l’agenda planétaire, l’édition 2025 du prix salue une fois de plus les initiatives architecturales locales aux conséquences globales.