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La Grand-Place d’Arras, un ensemble historique exceptionnel – détruit sous les bombardements de 1917 et méticuleusement reconstruit pendant l’entre-deux-guerres pour se présenter aujourd’hui comme grand parc de stationnement à ciel ouvert – attend une nouvelle métamorphose afin de s’ouvrir pleinement au tourisme régional et international. La communauté urbaine a lancé un concours en ce sens à l’issue duquel les trois équipes concurrentes ont présenté des visions d’avenir très contrastées pour cet espace emblématique.

Au nord de l’Hexagone, Arras, commune du Pas-de-Calais d’environ 40 000 habitants, abrite un ensemble remarquable : deux espaces publics rectangulaires, disposés en équerre et parfaitement imbriqués dans le tissu urbain. La Grand-Place et la place des Héros, reliées par une courte rue en trompe, composent ainsi un dispositif monumental d’une grande cohérence. Elles existaient déjà au Moyen Âge mais se sont transformées au cours du temps. Bordées de pignons à volutes lisses, sans saillies, comme découpés dans du carton, elles offrent de remarquables exemples de l’architecture flamande des XVIIe et XVIIIe siècles.

Presque entièrement anéanties par les bombardements allemands durant la Première Guerre mondiale, leurs maisons furent reconstruites entre 1919 et 1940. Dotées de structures en béton, celles-ci ont retrouvé des façades en brique et en pierre généralement restituées à l’identique, d’après les photographies disponibles. Une reconstruction qui n’a pas exclu une certaine liberté d’interprétation, certaines d’entre elles ayant été réinventées par Pierre Paquet, l’architecte en chef des monuments historiques chargé de cette opération exemplaire. Ce décalage entre organisation interne et enveloppe externe semble anticiper les hangars décorés de Robert Venturi et renforce l’idée d’un grand décor de théâtre autonome, attendant une mise en scène à sa mesure.

Autre caractéristique : le sous-sol des places est occupé par d’anciennes carrières d’où a été tiré le calcaire nécessaire à la construction de la ville, comme si cette ancienne cité avait été engendrée par son propre sol. Ces galeries taillées dans la craie, en partie détruites ou déstabilisées sans ménagement par le creusement du parking souterrain au début des années 1980, ont traditionnellement servi de caves et de lieux de stockage pour la farine et le vin. On peut en voir encore aujourd’hui les accès percés sous les arcades. Certaines d’entre elles accueillent aujourd’hui des estaminets.

Minéral ou végétal ?

Les deux places n’ont pas eu exactement le même destin. La place des Héros a été intégralement réhabilitée en 2011. Son pavage restauré, elle est maintenant entièrement piétonne. Dominée par l’hôtel de ville et son beffroi, elle accueille sous ses arcades de nombreux cafés et restaurants dont les terrasses s’étendent l’été pour en occuper la presque totalité de la surface… Tandis que la Grand-Place – qui accueille les marchés du mercredi et du samedi – est totalement envahie le reste du temps par des véhicules en stationnement, malgré le parking de trois niveaux creusé en sous-sol. Une situation qui devrait évoluer avec la mise aux normes et l’élargissement des rampes d’accès qui permettront une meilleure rentabilité des espaces en sous-sol – actuellement, sur les 690 places proposées, seules 490 sont réellement accessibles. Et la construction de deux parkings-silos à proximité : 150 places sur le site de la salle de sport Léo-Lagrange et 700 à côté de la gare. Une libération qui permettra de dégager cet espace historique et d’intensifier sa programmation déjà importante – de nombreuses manifestations populaires comme la fête de l’andouillette, de la bière et de la frite ou d’autres ciblant la musique et le cinéma, sans oublier l’inévitable marché de Noël – afin de faire de la ville le pôle d’animation incontournable de toute la région. Un véritable enjeu économique sous-tend donc ce projet apparemment purement édilitaire.

Le programme, particulièrement succinct, du concours lancé par la communauté urbaine invitait les trois équipes en compétition à concevoir cette place comme une vaste scène urbaine capable d’accueillir une grande diversité d’événements. Il exprimait par ailleurs des réserves quant à sa végétalisation, sans pour autant l’exclure.

Les propositions se divisent en deux catégories : celle émanant des architectes, qui reste essentiellement minérale – bien que pondérée par des arbres en pot – et celles des deux équipes concurrentes de paysagistes qui ont privilégié une approche plus atmosphérique. Bruno Fortier et Fernando Vega-Sanchez ont proposé un recadrage limpide de cette place irrégulière : un rectangle central totalement libre et conservant ses pavés de grès permettant aux passants d’appréhender parfaitement les dimensions caractéristiques de cet espace hors normes. Les seconds l’ont plus considéré comme un potentiel îlot de chaleur à traiter. Ainsi Topotek 1 envisage-t-il un sol technique sur lequel pourraient s’épanouir des bacs de plantations, tandis qu’Urbicus propose un grand tapis vert et un miroir d’eau.

Les perspectives des trois projets sont assez surprenantes parce qu’elles évoquent des devenirs totalement contradictoires : un grand espace commun, une chambre de verdure et un béguinage… (...)

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