Ci-dessus : Feutre et crayon sur papier, composition pour une nouvelle version de « Partition », destinée au Designmuseum de Gand,2025.

D’a : En quoi votre parcours vous a-t-il amené à travailler avec le textile, sous toutes ses formes, mais davantage dans l’espace que pour l’habillement ?

Nous sommes spécifiquement formés à la conception et création textile, et avons tous les deux d’abord travaillé dans le domaine de la mode dans nos parcours professionnels. Le glissement vers des dispositifs spatiaux s’est produit petit à petit, via des rencontres, des sollicitations et projets avec des architectes. Le textile répond à des besoins fondamentalement humains de protection, d’enveloppement des corps, de l’espace. Ainsi que de délimitation de l’espace : à la préhistoire, ce sont notamment les branchages et fibres qui ont d’abord délimité un périmètre d’activité, d’abri, de vie. Nous éprouvons aussi de la curiosité pour les matériaux souples, qui sont partout, adoptés, incontournables, nécessaires et indispensables, au point de les oublier. Mais comment donc était-ce fait ? D’où cela vient-il ?

D’a : En quoi le textile peut-il est utile en architecture ?

La capacité de la surface souple à séparer, filtrer, recouvrir, envelopper… conjugue des dimensions fonctionnelles, perceptives, sensibles et plastiques. Il contribue fortement à l’habitabilité, à l’hospitalité des lieux, de façon performative, comme pour prévenir de la chaleur ou du froid, réguler l’hygrométrie, jouer sur l’acoustique, le moelleux (confort), partitionner, orienter.

D’a : Dans votre approche textile, intégrez-vous obligatoirement la notion de durabilité ?

La durabilité est bien sûr interrogée dans la quantité et le choix des matériaux investis – composition, provenance et processus de fabrication –, en sachant que des normes réglementaires limitent parfois fortement les choix. La durée de vie est liée à des modes de maintenance et d’entretien qu’on cherche à anticiper. Les dispositifs souples participent à l’écosystème et à l’économie du bâti. Leur déploiement ou repli influençant la luminosité, la température et l’acoustique, ils invitent à une perception très concrète de l’espace habité. Et permettent d’agir dans une économie de moyens.

D’a : Dans votre démarche créative, est-ce le choix des matières, l’usage ou le bâtiment qui vous inspire ?

Dans un projet convaincant, les trois s’articulent. Dans le processus de travail, un passage rapide à l’échelle 1:1 de nos hypothèses est indispensable, pour confirmer ou non le choix d’un matériau.