Après une première vie professionnelle en métropole, Fanny Costecalde, Benjamin Froger, Lucie Garzon et Guillaume Wittmann ont fondé la coopérative ÉJO dans le village deMont-Saint-Vincent en Saône-et-Loire. Un choix politique. Avec patience et détermination,le quatuor – rejoint par Mélissa Ruel – fabrique un corpus d’architectures qui concourent à retisser le lien social dans les bourgs et à préserver les spécificités de ce territoire rural. Un travail engagé, qui ne pourrait voir le jour sans leur fine connaissance des acteurs, des ressources et des techniques constructives locales.
Avant d’établir leur camp de base à Mont-Saint-Vincent, 350 habitants, Fanny Costecalde, Benjamin Froger, Lucie Garzon et Guillaume Wittmann ont pris le temps de réfléchir, de prospecter et de tester leur entente intellectuelle. Ils ont sillonné les campagnes « avec une attirance pour la diagonale du vide », répondu ensemble à trois sessions du concours Europan, participé à des chantiers solidaires et à des résidences (CIAP de Vassivière et Festival de Chaumont-sur-Loire). Mais ils avaient une certitude : échapper à « ce tunnel de la conception du projet, coincé entre les produits industriels et les normes », qui les avait absorbés au cours de leurs expériences professionnelles respectives.
Mont-Saint-Vincent
En gagnant par une route sinueuse le village perché de Mont-Saint-Vincent, d’où l’on embrasse à 360 degrés les bocages et les vallons plutôt bien préservés de la Saône-et-Loire, on peut dire qu’ils ont su mettre de la distance avec cette vie d’avant. C’est depuis ce bourg hors des sentiers touristiques qu’ils s’emploient à « remonter aux sources locales » de la fabrication des matériaux et des savoir-faire constructifs et à les valoriser dans leur production.
Parmi les réflexions qui les agitaient au moment de leur association figurait aussi le besoin de s’extraire de l’organisation hiérarchique courante des agences d’architecture en créant une SCOP. Sur leur site internet on peut lire leur attachement à certaines valeurs, « l’échange, la transmission, l’ouverture à la transdisciplinarité ». Le projet doit accepter de se colorer des idées et regards de tous les membres de la coopérative, sur la base de références culturelles communes, bien sûr. « Réfléchir ensemble muscle le projet, chamboule nos réflexes conceptuels, nous aide à prendre du recul sur notre pratique », disent-ils. Depuis deux ans, ÉJO a associé une jeune architecte, Mélissa Ruel. Une victoire géographique pour le quatuor qui prend conscience de la difficulté, dans ce contexte très rural, d’élargir la coopérative.
Connaissance fine du territoire et de ses acteurs
Les méthodes de travail tirées de ces conditions spécifiques ne manquent pourtant pas d’intérêt. En faisant le choix de délimiter son périmètre d’action à la Saône-et-Loire et à ses franges, ÉJO a pu acquérir une connaissance fine des ressources et des artisans. La coopérative s’est ainsi rapprochée d’associations aux pratiques vertueuses, telles la plateforme de réemploi Les Valoristes Bourguignons et Plein d’Essences, chargée de la gestion durable des forêts et de la diversification des essences dans le Clunisois. Le département fourmille en effet de savoir-faire spécifiques qu’elle s’emploie à identifier et à mettre en synergie dans ses propres projets. La récompense des Albums des Jeunes Architectes et Paysagistes en 2023, au-delà de l’exposition médiatique, a été pour elle une marque de reconnaissance à l’égard de cet écosystème silencieux d’acteurs et de ce mode opératoire dont elle défend la portée politique et éthique. La méthode consiste à tester avec eux certaines techniques constructives (bois brûlé, bois-paille, chaux-chanvre…) dans des projets à petite échelle avant une application plus large. ÉJO a ainsi convaincu la ville de Cluny de réaliser son centre social à partir de ses forêts communales, suite à un précédent chantier où elle avait pu sélectionner des arbres sur pied et accompagner toutes les étapes de la préparation du bois (débardage, séchage, sciage…). Une proposition évidente de prime abord mais qui soulève des questions de calendrier – puisqu’il faut prévoir le temps de séchage – et de process, l’entreprise devant installer une scierie mobile in situ. (...)