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Entre la petite couronne parisienne et le Maine-et-Loire, Ramdam (Olivier Misischi et Franck Dibon) exprime ses convictions à travers une architecture sans superflu, nourrie de ce qui l’environne : des contraintes réglementaires les plus prosaïques à l’observation sensible et éclairée du territoire.

À l’ENSA Paris-Val-de-Seine, Olivier Misischi (né en 1976) et Franck Dibon (né en 1979) se sont rencontrés en 2000, au sein des ateliers verticaux qui permettaient aux étudiants de se côtoyer, même avec trois ans d’écart. C’est ainsi que leurs chemins se sont croisés, à la faveur de ce dispositif pédagogique encourageant la transmission. La dimension urbaine et l’intérêt pour l’espace public se sont invités très tôt dans leur réflexion, forgée, entre autres, par leurs expériences à l’étranger : Montréal pour Olivier Misischi, qui a travaillé un temps chez AREP ; le Texas et Barcelone pour Franck Dibon et un passage chez Nabito. Diplômés en 2003 et 2007, ils se retrouvent chez Fabienne Gérin-Jean (Albums des jeunes architectes en 1987) où ils développent un goût pour « l’architecture bien faite et sans fard », résument-ils. Encore inexpérimentés, ils vont apprendre leur métier par le chantier : un lycée à Villepinte (93) dans un site occupé (trois ans de travaux) pour Olivier ; des logements sociaux à Valenton (94) pour Franck.

Ramdam naît en 2009. Les trois premières années sont marquées par la sous-traitance de chantiers, qui constitue leur modèle économique tout en leur offrant des expériences très formatrices. « L’intérêt pour le chantier a toujours fait partie de l’ADN de l’agence. Commencer ainsi nous a permis d’être aguerris et d’appréhender l’économie dès le départ », rappellent-ils. En parallèle, des concours d’idées couronnés de quelques prix amorcent leur visibilité, ouvrant la voie à leur première commande. À Saint-Denis, le projet « Au Bon Coin » augure d’une pratique où la complexité n’est jamais proportionnelle à la taille des projets. « Comment lui redonner un avenir ? » s’interroge le duo lorsqu’il s’attelle à la transformation de ce petit bâtiment insalubre, figure de proue du quartier. Célèbre pour avoir été photographié par Robert Doisneau en 1945, il était jusqu’alors exploité par un marchand de sommeil. La commande portait sur « un rafraîchissement », ils ont proposé bien plus, notamment une extension contemporaine en bois. Sur seulement 201 m2 de SHAB, l’opération n’en est pas moins riche d’enseignements. « C’est un projet fondateur. Il soulevait un grand nombre des questions qui continuent d’animer notre réflexion aujourd’hui », soulignent Olivier Misischi et Franck Dibon. En 2014, il figurait dans l’exposition « Nouvelles Richesses » d’Obras et du collectif AJAP14, présentée dans le pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise. Ce bâtiment-laboratoire, qui prend les allures d’un baptême du feu – une première aussi bien pour les architectes que pour les maîtres d’ouvrage –, leur vaudra d’être sélectionnés au prix de la Première Œuvre et d’être repérés par les bailleurs sociaux.

La complexité comme moteur

La suite s’écrit à travers une série de projets de logements sociaux d’échelle modeste, toujours situés dans des contextes complexes, denses et fortement contraints sur le plan réglementaire, tout en portant des ambitions élevées et une volonté d’explorer avec précision la spécificité de chaque lieu. « Nous avons toujours veillé à ce que nos bâtiments soient présentés non pas par la quantité de logements ou la surface globale, mais sur les questionnements qu’ils portent. » Situées à Paris ou en Île-de-France, ces opérations forment aujourd’hui une collection singulière, constitutive de l’identité de Ramdam. Chez Olivier Misischi et Franck Dibon, les contraintes sont perçues comme sources d’opportunités. À la scierie de Corzé, ils ont décidé de travailler en circuit (très) court en utilisant uniquement le bois et les machines disponibles sur place. Rue Boursault à Paris (17e), l’étroitesse de la parcelle a créé l’opportunité d’une typologie particulière. Chaque projet peut ainsi être décrit au prisme de la complexité qui l’a fait émerger. En 2023, l’agence s’est dédoublée, Franck Dibon revenant sur ses terres natales, dans un petit village près d’Angers, à Saint-Rémy-la-Varenne. Olivier Misischi est quant à lui toujours à Saint-Denis, de l’autre côté du périphérique parisien.  (...)

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