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Sapiens : des architectes formés à l’école d’architecture de Paris Belleville où ils ont suivi notamment l’enseignement de Pierre-Louis Faloci et de Philippe Prost. Comme leur nom l’indique, ils revendiquent le caractère profondément intellectuel de leur discipline pour, dès leurs premières œuvres, le mettre à l’épreuve du Périgord noir, un territoire surprotégé qui réclame à qui veut y exercer une parfaite connaissance du patrimoine architectural régional.

Avant de fonder l’agence Sapiens en 2018, Baptiste Manet et Yann Legouis se sont rencontrés à l’école de Paris Belleville. Tous deux étaient très impliqués dans les discussions et les débats entre étudiants, favorisés par cet établissement qui cherchait par diverses voies à repenser les fondements de l’architecture moderne. Ainsi Baptiste Manet a-t-il participé à l’aventure de la revue et de la maison d’édition Cosa Mentale avec d’autres étudiants de sa génération qui ont souvent ensuite créé leurs propres agences en région, comme EGR à Marseille. Ce collectif s’est penché, du numéro 0 au 12 de cette revue théorique, sur des démarches tentant de marier une architecture moderne très épurée avec la question urbaine, la préservation des paysages et l’utilisation de ressources locales, notamment sur les travaux de Siza et de Souto de Moura, au Portugal ; de Campo Baeza et de RCR en Espagne ; de Botta, de Galfetti, de Snozzi et de Vacchini au Tessin… Leur formation se terminera ensuite par des collaborations et des responsabilités dans les agences de leurs enseignants Pierre-Louis Faloci et Philippe Prost.

Périgord noir

Cette ouverture au monde, à l’architecture comme discipline de réflexion et de pensée qui peut être lue et discutée autant qu’elle se dessine et se construit, va dès leurs premières œuvres être mise à l’épreuve du Périgord noir où Baptiste Manet a des attaches familiales. Un territoire protégé dans lequel l’architecture vernaculaire s’exprime de préférence à travers des murs en pierre calcaire sombre et des toitures très pentues recouvertes de tuiles : des modèles très éloignés des références utilisées par les étudiants des écoles françaises. Mais surtout une région où des châteaux forts médiévaux parfaitement préservés surgissent au détour d’une route, où des dolmens sommeillent à l’ombre des forêts de chênes, des cromlechs attendent les solstices et où au fond d’une grotte se déploie le monde oublié de Lascaux. Une région où l’histoire remonte très loin dans le temps, jusqu’à l’origine de l’humanité…

Que peut-on cependant entreprendre dans un monde achevé et refermé sur lui-même, où toute intervention dépend de l’aval des architectes des bâtiments de France ? D’abord, des interventions proches de l’acupuncture, comme la réhabilitation d’un corps de ferme, accompagnée par la création de deux bassins et d’un espace paysager dans un hameau de Valojoulx (Dordogne) commencé en 2019. Ici, le métal des poutres et des garde-corps de la passerelle d’accès à la grange transformée en logement sait s’immiscer subrepticement dans cet univers de pierre, de bois et de terre cuite, comme pour mieux en révéler la matérialité et la pesanteur. De même la fonderie d’art non réalisée de Montolieu (Aude), un projet miniature en bois sombre qui devait se percher sur le rempart du village dressé sur un éperon rocheux, à la confluence de deux fleuves. Léger et sombre, il soulignait en contrepoint la blondeur des blocs calcaires qui en composaient le lourd soubassement. Un jeu sur le contraste que l’on retrouve encore dans la requalification en 2019 des deux étages de la mairie de Peyzac-Le-Moustier (Dordogne) afin d’y établir deux logements municipaux. La façade existante en pierre massive de ce bâtiment vaguement classique est laissée telle quelle, tandis qu’en retrait une nouvelle peau de verre et de bois vient fermer les appartements et leur ménage des loggias.  (...)

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