Dans cette suite intitulée Non-Structures, publiée en 2023 par The Velvet Cell, Francisco Ibáñez Hantke dresse un portrait décentré de la ville de Londres. En ne photographiant que ses chantiers de démolition ou de construction, il met en évidence les qualités architecturales volontaires ou involontaires de ces édifices étranges. Avec une rigueur teintée d’ironie critique, il révèle une famille architecturale à part entière, engendrée par un processus de transformation urbaine alternant sans fin destruction et création.
Photographe et architecte, Francisco Ibáñez Hantke ne se lasse pas d’arpenter et d’observer les villes, à pied ou à vélo. Cette série est le fruit de plusieurs investigations faites dans un Londres à peine reconnaissable. Les prises de vue, réalisées entre 2019 et 2022, répondent à un protocole simple qui suffit à donner une unité à l’ensemble : le ciel est toujours gris, neutre, sans nuage ; il y a peu de personnages et pas d’activité. Le temps est suspendu et la ville figée. En général, les chantiers évoquent le désordre qui contraste avec l’ordre apparent des villes. Mais dans ces images, c’est presque le contraire qui se produit : ils sont ordonnés et propres. L’ambiance est même un peu inquiétante et les scènes paraissent artificielles. Car ce ne sont pas les gravats et la poussière qui retiennent l’attention du photographe. Ce sont les formes produites dans ces moments de transformation qui le fascinent au point de dresser l’inventaire de ces curiosités architecturales.
Les chantiers sont par définition des lieux hyperactifs, puissants, et parfois violents. Ils sont synonymes de chaos. Le temps court des travaux rompt le tissu historique fabriqué par le temps long de la ville. Cette rupture fait partie de l’attrait que le spectateur peut éprouver pour ces sites : ce sont des scènes de théâtre ; le spectacle est permanent et son issue est imprévisible, qu’elle soit décevante ou réjouissante. En les regardant évoluer, on comprend mieux le projet du Fun Palace imaginé par l’architecte anglais Cedric Price en 1961 : seulement quinze ans après la guerre, Londres devait plus qu’aujourd’hui fourmiller de grues, d’échafaudages et de dispositifs stimulants et très inspirants, en tout cas pour Price.
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©Francisco Ibáñez Hantke
Le chantier est l’amalgame de la chronologie urbaine en un seul moment. Il est polychrone : le passé, le présent et le devenir du bâti cohabitent en un seul point. (...)

