Copyright : Miroir #9, 2019, © Antoine Espinasseau

Le parcours d'Antoine Espinasseau est une sorte de boule à facettes ou de kaléidoscope. À l'instar de ces objets-miroirs, il réagit à la diversité des circonstances qu'il rencontre et nous les renvoie sous forme d'images, de sculptures, de scénographies, d'architectures, et même de jouets. Il présente ici une série de diptyques aux contours baroques, intitulée Miroirs et composés à partir de photographies prélevées dans un corpus de prises de vues qu'il considère comme ses Notes.

Ces Notes photographiques proviennent toutes de jardins botaniques dont la localisation n'est jamais précisée. Inspiré par la lecture du sinologue François Jullien et par une résidence en Chine, Antoine Espinasseau s'est littéralement penché sur la végétation, photographiant au plus près les sols, les plantes, les traces de jardinage ou de vie animale, oubliant volontairement la tradition picturale et photographique occidentale de l'horizon et du grand paysage. Il s'agit pour le photographe de déplacer le regard pour susciter une autre vision du jardin et de sa nature, même lorsqu'elle est ingrate, à l'opposé du paysage planifié et contrôlé, vu de loin et de haut.

Pour François Jullien, la représentation du paysage dans la tradition picturale chinoise est conçue comme une immersion visuelle, une adhérence métaphysique au paysage : « Je ne suis plus devant mais entre : "je" s'y trouve intégré¹. » Selon lui, le paysage des peintres chinois « ne se laissera plus circonscrire par une ligne d'horizon l'arrêtant d'emblée à son extrémité, mais s'offrira comme un approfondissement – enfoncement sans fin – portant le regard à se perdre². »  (...)

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