La célébration de la réouverture de Notre-Dame de Paris a plus que jamais renforcé la cécité dont elle est victime. Elle est désormais vénérée comme un objet précieux à la disposition des instagrameurs. Dressée sur le champ de ruine des démolitions qui l’ont mise à nu depuis le XIXe siècle, elle a en grande partie perdu ce qui en faisait sa valeur patrimoniale. Par une cruelle ironie, ceux qui prétendent la préserver en s’offusquant de toute atteinte à son environnement ne font par ignorance qu’en perpétuer la dégradation.
Lorsque nous parlons de Notre-Dame de Paris, de quoi parlons-nous exactement ? La cathédrale et son environnement urbain nous mettent en présence d’un sujet patrimonial crucial. Culturellement, cultuellement, historiquement et touristiquement, on touche au cœur de la France, d’autant plus qu’elle est géographiquement placée en son centre. Chacun s’en fait, selon le système de valeurs auquel il se réfère, une représentation particulière. Sans doute celle des architectes historiens de l’architecture est-elle davantage légitime par le rôle qu’ils ont depuis longtemps joué dans la préservation de la cathédrale et dont les bénéfices font consensus au sein de la société. Cependant, pour le touriste, le croyant pratiquant, l’historien du patrimoine ou le simple promeneur parisien, l’ensemble monumental de l’île de la Cité n’a pas la même signification.
La cathédrale telle que nous la percevons aujourd’hui est triple ; elle a trois corps, pour prolonger l’expression de Patrick Boucheron et d’Étienne Anheim. Elle est d’abord un témoignage direct de la société médiévale $##$ dans sa dimension matérielle et spirit (...)