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Retenir des partenaires à la hâte pour cocher les cases d’un dossier de candidature s’avère rarement une bonne solution, car les équipes pluridisciplinaires exigées dans les appels d’offres s’apparentent souvent de fait à « des armées mexicaines ». S’irritant de l’indolence de certains bureaux d’études prétendument spécialisés en quête d’honoraires, un grand maître d’ouvrage passé par La Poste Immo les comparait à des « sangsues ». Et si les architectes que nous avons interrogés questionnent également la compétence des jurys, ils ont aussi quelques idées pour améliorer les choses.


D’a : Les équipes pluridisciplinaires exigées sont-elles pertinentes au stade du concours ? Ont-elles vraiment le temps et la volonté de travailler en commun ?
Patrick Mauger : Cette inflation de compétences rend difficile et chronophage le montage des candidatures. Ensuite, à la lecture du programme et lors de la visite des lieux, nous observons parfois que l’équipe constituée n’est pas la plus optimale. Nous ressentons de temps à autre le besoin d’ajouter des compétences quand d’autres ne sont pas nécessaires, et que nous avons mobilisé ces partenaires pour rien. Le travail en commun en peu de temps devient tendu, heureusement facilité par les outils numériques de visioconférence et de plateformes et les logiciels partagés.

Bruno Gaudin : On peut désirer travailler en commun sans pour autant en avoir le temps et les moyens. Pour certains équipements culturels, le poids des prestataires à réunir est lourd. Les équipes doivent, par exemple, intégrer un BET généraliste, un BET HQE, un socleur, un spécialiste de la conservation préventive, un architecte du patrimoine, et cela même si l’édifice à réinvestir lorsqu’il s’agit d’une restructuration n’est pas classé. On aboutit ainsi à des équipes de sept à huit cotraitants ! Bien ajuster le choix d’une équipe plus réduite en fonction du projet et solliciter des expertises dans un second temps serait plus approprié.

Marc Barani : Chacun étant occupé à résoudre des problèmes de plus en plus complexes, nous avons tous tendance à travailler en silo, sans porosité ni réel dialogue. Croire que regarder une à une chacune des injonctions permet de trouver une solution, et de garantir ainsi un bon projet, est un leurre. Rien n’est plus faux. Ce constat étant fait, il permet à l’architecte de se repositionner au cœur du projet, lui seul pouvant résoudre des injonctions multiples et parfois contradictoires. Quand tous les intervenants se sont exprimés, lui seul est à même de recadrer et de synthétiser le propos, c’est l’essence même de notre travail.
Même quand la volonté de travail en commun existe, beaucoup de BET n’ont ni le temps ni souvent les méthodes afin de hiérarchiser les informations dont ils ont besoin pour lancer les calculs. Nous souhaiterions qu’il y ait chez eux une hiérarchie dans le traitement des données.
Pour résumer, les maîtres d’ouvrage pensent souvent que la multiplication précoce des critères de choix et leur précision sont garantes de qualité. En réalité, c’est la puissance des idées qui soutiennent le projet qui lui permettra de vivre, de s’adapter et de franchir tous les obstacles pendant sa conception, sa réalisation et son exploitation.

Michel de Rocca Serra (Orma) : Tout dépend de la pertinence de ces équipes. Au stade du concours, les BET n’ont pas le même engagement que les architectes. Certains prennent le temps d’une vraie réflexion quand (...)

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