Samaritaine : suite n°4

Rédigé par Jean-Paul ROBERT
Publié le 04/06/2014

Après avoir déploré la décision du Tribunal Administratif de Paris, et l'attitude des associations vis à vis de la Samaritaine, nous avions donné la parole à l'une d'entre elles, la SPPEF. Nous avons publié hier une réponse de l'Ordre des Architectes et aujourd'hui c'est au tour de Jean-Paul Robert, critique et enseignant à l'école de Paris-Belleville, de réagir à ce propos.

« MERGITUR NEC FLUCTUAT »


Voici qu’une nouvelle querelle des anciens et des modernes se noue autour de la Samaritaine, après que la justice a annulé le permis de construire accordé au groupe LVMH pour la transformation de ces grands magasins, bien situés dans la capitale et familiers à ceux qui les fréquentaient. Car la Samar, édifice certes privé, était populaire, ouverte au public

invité à la parcourir en tous sens et même à bénéficier librement sur un de ses toits d’une vue imprenable sur le paysage parisien. Le rappeler permet de mieux comprendre le projet aujourd’hui arrêté : il ne s’agit rien moins que de réserver cet avantage aux seuls nantis, tandis que le chaland badaudera dans une galerie commerciale de luxe, installée sous des bureaux loués au prix fort.


Une opération de cette nature signifie le destin actuel de Paris. Vidée dans les années soixante et soixante-dix de ses classes laborieuses, chassées dans les banlieues, Paris l’est aujourd’hui de ses classes moyennes, qui n’y sont plus invitées que pour dépenser. Si chacun le constate et le déplore, nul ne s’en émeut. La Ville moins encore, trop heureuse de trouver dans l’opération Samaritaine des logements sociaux et d’y caser une crèche en contrepartie de son accord.


Modeste compensation accordée par un groupe du luxe pour sa juteuse opération. Elle n’en restait pas moins délicate, tant l’enjeu est énorme. La stratégie qui consiste à appeler des architectes de renom pour faire passer la pilule n’est pas neuve. Elle permet de cacher la nature mercantile de l’entreprise derrière le voile de l’art. On la voit fonctionner à plein aujourd’hui : chacun de foncer, tête baissée, sur la muleta architecturale, sans inquiéter le torero qui l’agite. Si elle fait passer un assassin de Paris pour un ami des arts, tant mieux pour lui.

Le crime n’est pas tant là où on veut le voir, anti-patrimonial ou anti-moderne. Il est dans la transformation de la substance de la ville, dans l’éradication de son histoire, dans la confiscation de son usage, dans sa réduction à une image de marque. Il s’en est joué un à la piscine Molitor. Celui de la Samaritaine est aujourd’hui freiné. Il s’en trame actuellement un autre à la Poste du Louvre, superbe usine installée au cœur de la capitale, pareillement vouée à une opération immobilière de même nature, pareillement menée par un groupe privé, pareillement confiée à un maître d’œuvre prêt à servir de caution.


Ce ne sont là que symptômes d’un mal rampant. En d’autres temps, Victor Hugo le dénonçait et fustigeait ses fauteurs, qu’il qualifiait d’ ignobles spéculateurs. Ici, maintenant, il n’est pas bien difficile de voir à qui le crime profite, ni quelles en sont les victimes.


Jean-Paul Robert

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marie MINIER   -  architecte le 04/06/2014

Je souhaite faire une réponse assez longue en tant qu'AUCE/ ex ABF/ex directeur ENSA

dés demain
à plus tard
marie minier

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