n°321 - novembre 2024

  • À la recherche du bonheur, entretien avec Philippe Madec, le 30 septembre 2024

    Je sors du métro, par un long escalator, place des Fêtes, cette anomalie dans Paris. Des tours uniformes, pas de rue, aucun repère, aucune échelle si ce n’est cette ombrière salvatrice dessinée par Bernard Huet. Je perçois au loin un fragment de la treille monumentale qui recouvre partiellement la dernière réhabilitation de l’Atelier Philippe Madec, je ferme mon GPS et je me dirige vers elle d’un pas assuré.
    Des ouvriers s’affairent encore dans la cour pour poser des vitrages anti-effraction au rez-de-chaussée. Je retrouve l’architecte de la « frugalité heureuse » dans le hall, une construction nouvelle en bois massif et en terre coulée, qui articule les deux ailes indépendantes d’un ancien lycée hôtelier, l’une ayant été transformée en médiathèque (fermée aujourd’hui), l’autre en Maison des réfugiés, où règne déjà une ambiance bon enfant. Nous entrons dans la salle de lecture vide, dont les dalles de l’étage ont été sciées pour faire passer la lumière entre les fines poutres en béton préfa des années 1970. Le gardien s’est endormi à côté de la banque d’accueil et nous montons sans faire de bruit sur la mezzanine, à la recherche d’une table où nous installer pour commencer notre entretien sans le déranger…
  • Architecture de la Rusticité - La médiathèque-station, Velaines, Meuse

    [ Maîtrise d’ouvrage : commune de Velaines
    Maîtrise d’œuvre : GENS ; BET TCE, BET2C
    Signalétique : Bizzarri-Rodriguez
    Surface : 295 m2 SP
    Coût : 1,1 million d’euros HT
    Calendrier : début des études 2020 / livré en 2024 ]
  • Construire en terre crue et hors des sentiers battus Avis de chantier pour une façade en terre crue non stabilisée à Bagneux (92) par l’agence TOA, avec la SCOP Les Grands Moyens

    En dépit de son utilisation millénaire, la terre crue reste encore très peu documentée dans le cadre normatif actuel. Les architectes de l’agence TOA ont pourtant décidé de faire de ce matériau le faire-valoir de leur projet de logements à Bagneux. Comment concilier une programmation exigeante avec un matériau considéré comme expérimental par la réglementation ? Les architectes mandataires ont fait appel à la SCOP spécialisée en construction en terre Les Grands Moyens afin d’ériger des cloisons en briques de terre crue extrudée en façade. Pour mener à bien cette mise en œuvre courageuse, ils ont fait le choix de passer par un avis de chantier.
  • Façades : innover malgré les normes

    Jusqu’à quel point la créativité architecturale naît de la contrainte ? Assommé d’une multitude croissante de règles, l’architecte doit sans cesse composer avec des normes de plus en plus coercitives. Le cas de la façade est symptomatique d’une époque où la réglementation vient progressivement remplacer l’expertise du sachant tant il semble ne plus trouver de marge de manœuvre entre les différentes exigences techniques et esthétiques qui s’appliquent à l’interface entre l’intérieur et l’extérieur des bâtiments. Après une brève histoire de la norme dans le domaine de la construction, nous avons interrogé le CSTB, garant emblématique de l’innovation dans la construction via les fameuses ATEx. Nous présenterons ensuite au travers de trois exemples de façades pour le moment « hors normes » (réemploi, petite maçonnerie en pierre, terre crue non stabilisée) comment les architectes anticipent ou contournent les écueils lorsqu’ils se heurtent à la contrainte normative.
  • Habiter l’ossature - Îlot Beaumont, logements et bureaux, Rennes

    [ Maître d’ouvrage : Legendre immobilier – Maîtres d’œuvre : Atelier Kempe Thill (mandataire) et Atelier 56S – Ingénierie générale : Egis – Structure béton : Legendre Construction – Structure métal : OMS – Menuiseries extérieures : Alu Rennais – Surfaces : 12 000 m2 de logements, 11 600 m2 de bureaux et 123 places de parking – Coût : 40 millions d’euros – Calendrier : concours, mai 2018 ; début de chantier, septembre 2020 ; livraison, septembre 2023 ]

  • Jeunes urbanistes 2024, à l'écoute des incertitudes de leur époque

    L’Atelier de l’ours, Bellevilles, Le vent se lève !, Meat, Nommos, tout terrain, UR. Les pages de la rubrique « Parcours » sont, ce mois-ci, consacrées à sept jeunes équipes lauréates du Palmarès des jeunes urbanistes 2024. Organisé tous les deux ans par le ministère en charge de l’urbanisme, ce prix met en avant des démarches dans les champs de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire qui explorent de nouvelles modalités d’action et qui alimentent les débats d’idées de la profession. Par le foisonnement des sujets, méthodes et processus de projet, cette dixième édition témoigne d’une génération qui cherche surtout à se mettre à l’écoute de l’imprévisibilité de l’époque et de l’urgence climatique. Le prix sera remis aux lauréats le 18 décembre prochain à Paris, conjointement au Grand Prix de l’urbanisme 2024 décerné à Claire Schorter, et s’accompagnera de la publication d’un ouvrage qui leur est consacré.
  • La tradition comme création - Une maison à Clermont-Ferrand, par Récita architecture - Une résidence à Orgelet (Jura), par l’Atelier Archiplein

    Clermont-Ferrand

    [ Maître d’ouvrage : client privé – Maître d’œuvre : Récita architecture – Surface : 250 m2 – Calendrier : 2021-2022 ]

    Orgelet
    [ Maître d’ouvrage : client privé – Maître d’œuvre : Atelier Archiplein – Direction de travaux : Atelier Zou – Surface : 800 m2 – Coût : 900 000 euros – Calendrier : 2022-2023 ]

  • L’architecte, ce héros

    Les architectes ont la cote au cinéma cet automne : leurs pouvoirs ambivalents s’expriment aussi bien dans la superproduction de Francis Ford Coppola, Megalopolis, que dans le modeste Drone du jeune réalisateur Simon Bouisson. Alors que les difficultés du métier s’illustreront en 2025 dans les films de Brady Corbet et de Stéphane Demoustier.
  • L’imaginaire comme patrimoine - Réhabilitation du téléphérique du Salève, Haute-Savoie


    [ Maître d’ouvrage : Groupement local de coopération transfrontalière
    Architectes : Devaux & Devaux Architectes
    Paysagiste : Pascal Olivier
    BET fluides : Louis Choulet
    BET structure : Batiserf
    Économiste : BMF
    Acoustique : Studio DAP
    Cuisine : GCI Grandes Cuisines Ingénierie
    Scénographie et signalétique : Designers Unit
    Sécurité incendie : Batiss
    Surfaces : 1 935 m2 SDP et 4 195 m2 d’extérieur
    Calendrier : concours, 2017 ; début des travaux, 2021 ; livraison, septembre 2023 et septembre 2024
    Coût : 12,7 millions d’euros]
  • Protection incendie : ne pas jouer avec le feu

    Les architectes ont à leur disposition tout un arsenal de solutions qui se répartissent en deux catégories : la protection passive et l’active. La protection passive fait appel aux propriétés intrinsèques des matériaux permettant de ralentir la propagation du feu et assure donc une protection permanente dès leur mise en place. Ce sont par exemple les dimensionnements d’ouvrants, les revêtements intumescents ou encore les portes et vitrages coupe-feu qui, combinés à un système actif de fermeture, peuvent cantonner l’incendie. À l’inverse, la protection active regroupe l’ensemble des systèmes dépendant d’un évènement particulier pour se déclencher. On y trouve détecteurs de fumée et de chaleur qui assurent une détection rapide des signes précurseurs d’incendie, systèmes d’extinction automatique – qu’ils soient à sprinklers, à gaz ou à mousse –, ou encore la signalisation et l’éclairage de sécurité qui guident les occupants vers les sorties en cas de sinistre.

  • Quel avenir pour les concours d’architecture ? 4/6

    L’apparente exhaustivité des rendus et leur inadaptation à la spécificité de chaque opération des programmes de concours nuit bien souvent à la qualité des choix du jury et même à la faisabilité des projets lauréats. Les architectes que nous avons interrogés témoignent de certaines aberrations, déplorant également l’effet délétère de la multiplication abusive des procédures de marchés négociés.
  • Réformer pour mieux accompagner l’innovation, Entretien avec Stéphane Hameury, directeur opérationnel de la division « Enveloppe du bâtiment » du CSTB

    Propos recueillis par Tarik Abd El Gaber

    Le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) est l’autorité française pour la recherche et l’innovation dans le secteur du bâtiment. Depuis sa fondation en 1947, il s’engage à améliorer les performances énergétiques, environnementales et de sécurité des constructions. Il propose des essais, des certifications et des études pour garantir la qualité et la durabilité des matériaux et des systèmes de construction. Le CSTB est également responsable de l’émission des Appréciations techniques d’expérimentation (ATEx), des évaluations techniques pour des solutions innovantes non encore couvertes par les normes. Le CSTB fait aujourd’hui face à certaines critiques, notamment sur la rapidité de ses processus d’évaluation et la transparence de ses méthodes. Certains acteurs de l’industrie du bâtiment, dont de nombreux architectes, estiment que les délais pour obtenir des certifications sont trop longs et ne conviennent pas aux temporalités du projet. D’autres soulignent également le besoin d’une plus grande clarté dans les critères d’évaluation et dans la communication des résultats. Face à ces critiques, Stéphane Hameury a été nommé directeur technique de la nouvelle division « Enveloppe du bâtiment » en 2020. Il devra notamment composer avec la toute récente réforme de l’ATEx censée accélérer le processus d’appréciation et favoriser l’innovation dans le domaine du bâtiment.
  • Réhabilitation manifeste - Quand la frugalité constructive devient esthétique Maison des associations, Montjoire, Haute-Garonne (31)


    [ Maîtrise d’ouvrage : BAST, architecte mandataire
    Maîtrise d’œuvre : commune de Montjoire 
    BET structure : IS
    Surface : 200 m2 
    Coût : 375 000 euros
    Calendrier : 2020-2023 ]
  • Revitaliser Concours pour la nouvelle salle polyvalente du Cendre (Puy-de-Dôme)

    Penchons-nous sur ce petit concours exemplaire visant à reconstruire une salle polyvalente. Un nouvel équipement pouvant participer activement à la requalification de l’ensemble de Cendre, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de Clermont-Ferrand.
  • Samuel Hoppe : l’autre montagne

    Photographe et marcheur, Samuel Hoppe quitte régulièrement sa librairie parisienne (la bien nommée Volume) pour arpenter en solitaire les reliefs montagneux européens. Il s’en saisit au plus près, à hauteur du regard et au rythme de la marche. Anti-panoramiques, ni lointaines ni surplombantes, ses prises de vue révèlent la diversité et les richesses morphologiques des paysages minéraux qu’il traverse en leur portant la plus grande attention, au plus proche de leur intimité et de leur beauté.
  • Studio 5.5 : Less is enough

    Lors de la dernière Paris Design Week, les designers Claire Renard et Jean-Sébastien Blanc, cofondateurs du Studio 5.5, ont présenté « MUJI·MUJI », une collection innovante d’objets ready-made et une maison manifeste, en partenariat avec la célèbre marque lifestyle japonaise Muji. Pionniers de l’upcycling grâce à leur projet « Réanim » lancé en 2004, les deux designers ont conçu une microarchitecture modulable écoresponsable qui incarne un nouveau mode de vie raisonné, transformant le célèbre adage « less is more » en « less is enough ». Ce coup de projecteur donne l’occasion à Muji dont le slogan discret est « produits de qualité sans marque », de réaffirmer son engagement en faveur d’une consommation réfléchie, une philosophie qu’elle défend depuis sa création en 1980. MUJI·MUJI encourage un mode de vie moins consumériste, défiant ainsi les logiques commerciales, un paradoxe pour ce projet hautement désirable. Une maison manifeste à échelle 1, qui deviendra peut-être un rêve accessible pour se réinventer.
  • Un problème de taille ou comment les DTU n’ont pas permis de faire d’une pierre deux briques

    Certaines solutions paraissent répondre à toutes les contraintes posées, mais l’application inflexible de la réglementation en rend la mise en œuvre impossible. Souhaitant mieux se fondre dans la matérialité des immeubles haussmanniens du 20e arrondissement de Paris, l’agence Obst s’est mise à la recherche d’un moyen de construire en pierre de taille mais sans grever le budget d’une petite opération de six logements dans une dent creuse près du cimetière du Père-Lachaise. La rencontre avec l’entreprise Polycor (ex-Rocamat) aurait pu leur fournir une solution parfaite pour la façade avec des blocs de pierre massive taillés au format de brique : la Better Brick. La réalité du projet en a décidé autrement.
  • Une ATEx au service du réemploi, Réhabilitation du siège historique de La Redoute dans le quartier Blanchemaille à Roubaix (59), par l’agence SAA

    Dans le no 291 de juillet-août 2021, nous nous interrogions sur la crédibilité de la filière du réemploi. Trois ans plus tard, en dépit des quelques écueils que peuvent encore rencontrer la récupération et la mise en œuvre de matériaux de construction pour une seconde vie, le principe du réemploi se développe et s’intègre à de plus en plus de projets. Le changement de destination d’un matériau peut cependant se heurter aux normes encore trop peu éprouvées à la pratique du réemploi. Une ATEx suffisamment pensée en amont du projet peut-elle rassurer les maîtres d’ouvrage à la recherche d’un bilan carbone allégé pour leurs opérations ?
  • Une brève histoire de la norme en façade

    par Hector Docarragal Montero

    La façade constitue un élément essentiel du bâtiment. Sur elle converge une série de contraintes normatives et réglementaires assurant l’isolation thermique, la stabilité au feu, l’inertie et enfin le confort des occupants à l’intérieur. Dans le domaine de la création architecturale, la façade a toujours été l’objet d’un travail de modulation géométrique et de perfectionnement des proportions générant une expression formelle allant au-delà des contraintes physiques.