Quel est le point commun entre des tabourets jurassiens, une plante jugée invasive à Bagnolet, de la pierre de taille en Île-de-France, du carrelage à Kyoto ou des logements sociaux à Ivry ? Ils ont tous fait l’objet de l’attention patiente de Simon Boudvin, qui déploie son œuvre documentaire en enquêtant sur des objets situés qui, à chaque fois, lui permettent de dévoiler ensuite tout un territoire.
« On compte des artistes dont la pratique se développe par une assiduité à l’atelier. De leur enfermement, leurs travaux gagnent en profondeur, s’y déploient. On en connaît d’autres qui travaillent dehors. Leur engagement consiste à explorer l’inventivité des lieux, d’y imposer une intention minimum, d’y accorder une attention particulière. »
Sur son site internet, Simon Boudvin l’annonce d’emblée : il appartient à la seconde catégorie. À notre demande, il revient sur ce qui a pu nourrir son appétence pour l’enquête depuis l’enfance. Très certainement ses vacances avec ses parents – paysagiste et artiste –, passées à explorer des rivières en canoë, depuis leur source jusqu’à leur confluence pour en avoir une « vue complète ». Aucune incitation parentale à prendre des photos ni à dessiner in situ, seulement la conviction qu’un cours d’eau est avant tout une expérience à vivre, pas seulement un tracé sur une carte. Peut-être aussi sa lecture de La Hulotte (« le journal le plus lu dans les terriers » depuis 1972 !), revue naturaliste et humoristique entièrement dessinée, initialement destinée aux enfants et à laquelle il est toujours abonné.
Plus tard aux Beaux-Arts de Paris, il sera l’élève Giuseppe Penone, qui lui conseille de ne pas chercher à imiter mais à révéler, et d’aborder la matière en archéologue plutôt qu’en plasticien. Il enchaîne avec un cursus d’architecture à Paris-Malaquais. Rencontre déterminante avec Clotilde Barto, qui dirige alors la première année avec pour seule injonction « dites-nous ce que vous voyez ! ». Il partagera progressivement cette culture de l’attention avec ses copains de promotion : Sophie Dars qui fondera ensuite la revue Accattone, Arnaud Depeyre et Éléonore Morand (Depeyre et Morand architectes), bientôt rejoints par Sébastien Martinez-Barat et Benjamin Lafore (Face B puis MBL). De ce passage par l’architecture, il a retenu la méthode typologique (« tous les architectes adorent les séries photographiques de Bernd et Hilla Becher ! »), la rigueur des dessins et l’intérêt pour les assemblages et les objets. (...)