n°330 - novembre 2025

  • Alia Bengana : prendre le sable en filature

    Au printemps 2020, Alia Bengana s’installe dans le Jura Suisse pour le confinement. Au cours d’une promenade en famille, au milieu d’un champ, elle remarque… une foreuse. Il y aurait donc des prospections pétrolières ici ? Pas du tout, lui répond l’agriculteur, la principale firme de construction romande extrait ici du sable, à plus de 30 mètres de profondeur, sous les terres qu’il cultive…

  • BRA - Soumis à la question

    D’a : Votre premier souvenir d’architecture ?

    BRA : Une école, une ferme. Les lieux de notre enfance.

    D’a : Que sont devenus vos rêves d’étudiant ?

    BRA : Ils sont restés des rêves d’étudiant. Nous faisons maintenant des rêves d’architecte.

    D’a : À quoi sert l’architecture ?

    BRA : À permettre aux autres de vivre, de travailler, d’apprendre, de se cultiver… Mais aussi à émouvoir.

    D’a : Quelle est la qualité essentielle pour un architecte ? $##$

    BRA : La réflexion puis la ténacité.

    D’a : Quel est le pire défaut chez un architecte ?

    BRA : Le laxisme ou l’incohérence. Mais aussi l’abdication, oublier la responsabilité qui est la sienne.

    D’a : Quel est le vôtre ?

    BRA : Il y en a beaucoup…

    D’a : Quel est le pire cauchemar pour un architecte ?

    BRA : Se contenter de cocher les cases d’un tableau programmatiques, et être dépossédé de la réflexion.

    D’a : Quelle est la commande à laquelle vous rêvez le plus ?

    BRA : Celle qui profite au plus grand nombre, déstabilisante, sans idées préconçues ni référentiels.

    D’a : Quels architectes admirez-vous le plus ?

    BRA : Les théoriciens praticiens et subversifs qui ne se trouvent pas d’excuses.

    D’a : Quelle est l’œuvre construite que vous préférez ?

    BRA : Toutes celles que nous aimons ont des spécificités qui les rendent appréciables autant que d’autres. La tour Bois-le-Prêtre pour son efficacité, le Kunsthal de Rotterdam pour sa dimension performative, le Kunsthaus de Bregenz pour ses qualités atmosphériques, le Sainsbury Centre pour son caractère machiniste…

    D’a : Citez un ou plusieurs architectes que vous trouvez surfaits.

    BRA : Les architectes qui ont cessé de requestionner leurs pratiques, et ils sont nombreux. Pour en citer un : Steven Holl ; cela limite nos chances de le croiser.

    D’a : Une œuvre artistique a-t-elle plus particulièrement influencé votre travail ?

    BRA : Le cinéma en général. Les films de Pedro Almodovar, par exemple.

    D’a : Quel est le dernier livre qui vous a marqué ?

    T.C. : Un article de Margaux Darrieus : « L’architecture et la tentation du vernaculaire », qui nous invite à une réflexion critique sur la production actuelle.

    S.M. : Architecture Non-Référentielle de Markus Breitschmid.

    D’a : Qu’emmèneriez-vous sur une île déserte ?

    BRA : Qu’est-ce qu’on ne peut pas prendre ?

    D’a : Votre ville préférée ?

    BRA : Nous préférons les villages aux villes.

    D’a : Le métier d’architecte est-il enviable en 2025 ?

    BRA : Oui, nous sommes privilégiés : le sens, la réflexion permanente et l’accès à la culture sont essentiels à notre métier.

    D’a : Si vous n’étiez pas architecte, qu’auriez-vous aimé faire ?

    T.C. : Un métier manuel.

    S.M. : Photographe animalier.

    D’a : Que défendez-vous ?

    BRA : L’architecture comme vecteur d’émancipation culturelle et sociale, nécessairement politique et subversive.

  • BRA - « L’écologie ne doit pas nous exonérer des autres sujets de la discipline »

    L’agence d’architecture rennaise BRA trace depuis sa création une voie exigeante, récompensée en 2023 par les Albums des jeunes architectes et paysagistes. Discrets, ses deux fondateurs Thimothée Chateau et Simon Masson se tiennent sur une ligne de crête entre la production architecturale tout-venant et les projets de niche (DIY et chantiers participatifs…). Quels que soient les programmes, les situations ou les échelles – une diversité qu’ils revendiquent –, ils se confrontent aux conditions de leurs commandes avec cette obsession de simplifier le projet sans relâche et sans jamais abandonner la question esthétique.

  • CAUE : une ingénierie publique en péril

    Les CAUE incarnent depuis près d’un demi-siècle un service public de la qualité architecturale et paysagère. Mais la réforme de la taxe d’aménagement menace aujourd’hui leur survie même. Cette taxe représentant 80 % du financement des CAUE est désormais perçue à l’achèvement des chantiers. Un décalage qui ouvre un gouffre de plusieurs années sans solution de financement consolidée et ayant d’ores et déjà mené certains CAUE à leur fermeture.

  • Cold case, filatures, preuves : que font les architectes qui enquêtent ?

    Comme d’autres autrices et auteurs de d’a,Soline Nivet pratique l’enquête comme outil d’enseignement, de recherche ou de projet. Elle a publié en juin 2025 un livre sur l’écosystème du fournisseur d’internet Free – Paris ville Free – dans lequel elle montre, documents à l’appui, les conséquences urbaines ou architecturales de ce que l’on réduit bien trop vite à un monde virtuel. Dans un autre ouvrage à paraître cet automne, elle s’intéresse aux formes visuelles produites par les architectes qui enquêtent. L’occasion était tentante : nous lui avons demandé de réaliser le dossier du mois – notre petite enquête mensuelle – sur ce sujet.

  • Échos de l’ordinaire Groupe scolaire de la Chênaie à Saint-Étienne-de-Montluc, Loire-Atlantique

    Dans une commune située à une vingtaine de kilomètres de Nantes, RAUM a réalisé un groupe scolaire de dix classes, pensé en résonance avec son contexte et marqué par le souci du détail. Au bâtiment statutaire, les architectes ont préféré la familiarité d’une écriture économe, réinterprétant avec finesse et rigueur le tissu pavillonnaire immédiat et celui des hangars agricoles environnants. Le projet vient de recevoir le Prix d’architectures 10+1 2025.

  • Enquêter depuis les écoles d’architecture

    Dans les ENSA françaises, de plus en plus d’enseignements de studio de projet ou de séminaire s’appuient sur les méthodes de l’enquête. Voici un petit tour de France (non exhaustif) de quelques expérimentations pédagogiques, assorti de quelques conseils de lecture.

  • Faire l’unité difficile Réhabilitation de la mairie de Pérignat-ès-Allier, Puy-de-Dôme

    L’agence Boris Bouchet architectes vient de terminer la réhabilitation de la mairie d’un gros bourg auvergnat. On retrouve dans ce projet l’esprit de liberté et de créativité déjà présent dans d’autres réalisations récentes de l’agence basée à Clermont-Ferrand et Paris.

  • Françoise Fromonot, mystères et semelles de gomme

    Françoise Fromonot mène depuis longtemps deux sortes d’enquêtes. Les unes portent sur des grands projets d’aménagement de Paris, dont elle entend découvrir les vérités cachées des conditions opérationnelles en creusant derrière les discours politiques et les formes et dispositifs proposés par les architectes ou les urbanistes. Les autres, qu’elle appelle ses « critiques détectives » et dont il sera question ici, investiguent des réalisations canoniques conçues par de grands noms de l’architecture contemporaine pour en proposer une lecture nouvelle, sous la forme d’exégèses fouillées, s’appuyant sur un important travail documentaire.

  • GÉNÉRATEUR URBAIN Concours : programme mixte, sports/loisirs et logements familiaux, lot MD11, ZAC du Moulon, Saclay

    Comment s’inscrire activement dans un nouveau quartier métropolitain chargé d’insuffler de l’animation dans une vaste zone grevée d’emprises universitaires pratiquement impénétrables ? Comment conjurer définitivement la difficile sortie de terre d’une ville immergée dans la campagne ? Deux des multiples questions auxquelles ont dû répondre les équipes en lice pour l’aménagement du lot MD11 sur le campus de Saclay…

  • GO Dallegret ! Les objets trouvés de François Dallegret

    Architecte et artiste né au Maroc en 1937, formé aux Beaux-Arts de Paris et installé à Montréal depuis 1964, François Dallegret est l’une des rares figures françaises de l’architecture expérimentale de la seconde moitié du XX siècle. Si plusieurs de ses projets ont été réalisés en France, son travail y demeure paradoxalement méconnu. La traduction française de sa monographie, Dieu & Cie. Art Fiction Art Friction (Éditions de La Villette, 2025), offre enfin un éclairage sur ce parcours singulier. De passage éclair à Paris pour présenter le livre au Centre Pompidou, il a accepté de revenir avec nous, le lendemain, sur son parcours et la généalogie de son œuvre1.Pour les traverser, cinq mots-clés servent ici de balises : transatlantique, transposition, transitoire, transhumanismeet transversalité.

  • INDEX / Francesco Sebregondi : produire les images manquantes

    Mobilisant les outils de l’architecture pour enquêter et « dissiper le brouillard informationnel1 », les enquêtes de l’ONG INDEX empruntent les méthodes de Forensic Architecture en confrontant des corpus vastes et hétérogènes d’images et de vues (vidéos de témoins, caméras de surveillance, vues aériennes) avec des témoignages, ainsi que des indices temporels et des données physiques sur la configuration des lieux. La modélisation et la reconstitution de scènes de violence d’État sont ensuite effectuées avec Blender, un logiciel d’animation conçu pour les jeux vidéo et le cinéma, qui également utilisé par certains architectes pour leurs rendus de projet.

  • Jean-Baptiste Durand, l’art du sampling

    Le designer Jean-Baptiste Durand s’inspire des langages techniques pour revisiter les typologies classiques du mobilier dans un travail de sampling audacieux. Comme un producteur de musique qui assemble des sons existants pour créer un morceau, il pratique le sample – « échantillonnage » en français – d’images issues de différentes esthétiques technologiques afin de concevoir de nouveaux objets.

  • Les architectes à l’enquête

    Depuis une dizaine d’années, on constate une appétence générale pour l’enquête ou la contre-enquête : littérature, revues, podcasts et médias en ligne… tout le monde s’en réclame, et les architectes ne sont pas en reste. Mais que font les architectes lorsqu’ils enquêtent ? Quels instruments et schèmes de pensée mobilisent-ils ? En quoi peuvent-ils participer à élaborer des vérités ou des preuves ? Revisiter une maison archiconnue comme s’il s’agissait d’un cold case ; prendre des feuilles d’arbres, des pierres ou du sable en filature ; reconstituer une scène de crime en 3D ; ouvrir les boîtes noires des projets qui font l’actualité ; partir sur le terrain avec son carnet et son intuition : ce dossier offre un aperçu de quelques démarches françaises contemporaines.

     

    SOMMAIRE

    Cold case, filatures, preuves : que font les architectes qui enquêtent ?

    Françoise Fromonot, mystères et semelles de gomme

    INDEX / Francesco Sebregondi : produire les images manquantes

    « Ne rien savoir, tout découvrir », MBL Architectes

    Simon Boudvin, artiste de terrain

    Alia Bengana : prendre le sable en filature

    Enquêter depuis les écoles d’architecture

  • L’énigme de l’architecture (d’après une histoire vraie !)

    Avant même de tracer le premier trait du projet, les architectes ne doivent-ils pas se faire enquêteurs ? Sinon, comment pourront-ils élucider toute une série d’énigmes ? Celles du site, de son histoire et de ses habitants. Ce travail d’investigation précédant la mise en forme des idées a longtemps été occulté dans l’imaginaire entourant le rôle de l’architecte. Sans doute parce que l’évocation du geste créateur sur la page blanche produit une image plus flatteuse, romantique, de l’artiste en visionnaire.

  • MACHINERIE MUSÉALE Fondation Cartier pour l’art contemporain

    Après Jouy-en-Josas et le 261 boulevard Raspail, la Fondation Cartier vient s’installer place du Palais-Royal, face au Louvre. Cette fois non dans un vide à remodeler, mais dans un immeuble classé dont les étages sont occupés par des bureaux… L’occasion d’aménager en sous-œuvre une impressionnante infrastructure destinée à mettre en valeur les œuvres des collections.

  • Menuiseries : l’an vert du décor

     La réhabilitation s’installe au cœur du marché de la construction. Portées par les politiques énergétiques et les enjeux environnementaux, les menuiseries jouent un rôle décisif dans la transformation du bâti existant.

  • PRODUITS UTILES - Novembre 2025

    Bois-aluminium : Bugal mise sur l’hybridation pour réduire son empreinte

    Spécialiste du garde-corps en aluminium depuis 1978, Bugal opère une mutation stratégique : sa première gamme en bois-aluminium répond aux exigences environnementales croissantes. Sous la pression de la RE2020 et des labels HQE ou BREEAM, la PME de Malville (Loire-Atlantique) lance une série de garde-corps et de claustras associant aluminium recyclable et bois certifié PEFC d’origine française.

    Ce marché longtemps périphérique devient un terrain d’expérimentation pour la décarbonation : l’aluminium est réduit à l’essentiel, le bois sert de remplissage ou de structure secondaire, et l’ensemble s’appuie sur des FDES mères (SNFA1) personnalisables pour chaque chantier. En valorisant une ressource locale, l’entreprise s’aligne sur les attentes des prescripteurs et sur les stratégies bas carbone des maîtres d’ouvrage. 

    Techniquement, la gamme respecte les normes NF et assure la même résistance que les systèmes métalliques, tout en offrant des qualités sensibles nouvelles : confort hygrothermique, filtrage solaire naturel, chaleur visuelle. Mais la rupture reste mesurée : l’aluminium demeure porteur, notamment pour les lisses et fixations. L’innovation relève davantage d’une optimisation pragmatique que d’un basculement radical vers le biosourcé.

    C’est aussi une évolution culturelle : circuits d’approvisionnement repensés, nouvelles esthétiques, assemblages hybrides… Bugal inscrit le garde-corps dans une palette architecturale plus large, entre tradition et design industriel. Comme pour d’autres produits « secondaires », le bois est autant un levier de notation environnementale qu’un choix sensoriel. 

    Reste à voir si la gamme convaincra durablement : vieillissement des bois, entretien, pérennité des assemblages mixtes seront déterminants. En investissant ce segment, Bugal ouvre une voie médiane : transformer progressivement des produits industriels sous contrainte climatique, sans rompre avec son savoir-faire aluminium. Une stratégie à suivre de près.

    1. L’organisation professionnelle représentative des concepteurs, fabricants et installateurs de menuiseries extérieures en profilés aluminium.

    www.bugal.fr $##$

     

    Odace, une (r)évolution discrète de l’appareillage électrique

    Schneider Electric refond en 2025 sa gamme Odace : design affleurant primé, installation simplifiée, connectivité native et engagement environnemental mesuré. Derrière le slogan « révolutionnairement mieux » se cache une évolution technique et esthétique qui mérite l’attention des architectes.

    Côté design, l’esthétique affleurante récompensée par un iF Design Award renouvelle le langage de l’appareillage : interrupteurs et prises s’effacent dans le mur tout en conservant le format carré emblématique. Couleurs inédites et effets matière élargissent les possibilités d’intégration, des intérieurs minéraux aux réhabilitations patrimoniales, grâce aux plaques modulables Architecte.

    La transformation est aussi technique : mécanisme ultra-compact (16,5 mm), ajustement automatique breveté, conversion rapide en poussoir… Schneider couvre 95 % des besoins avec 12 références principales, simplifiant la logistique et réduisant de 10 % les émissions carbone. Les supports renforcés visent la durabilité, notamment en ERP et dans les logements collectifs.

    La connectivité native constitue l’autre pivot : Odace s’intègre à l’écosystème domotique Wiser, permettant le pilotage d’éclairage, de température ou de consommations via smartphone ou scénarios programmés, sans passerelle initiale. Pour les architectes, cette intégration discrète autorise une cohérence esthétique sans sacrifier la performance numérique.

    Sur l’environnement, Schneider avance des chiffres précis : 57 % de plastique recyclé, 70 % de carton recyclé, suppression des plastiques à usage unique, production européenne à énergie 100 % renouvelable. On peut regretter l’absence de transformation structurelle des produits, mais l’effort reste notable dans un secteur traditionnellement lent à évoluer.

    Cette refonte conjugue quatre axes — esthétique, technique, numérique et environnemental – sans rompre avec la sobriété attendue de l’appareillage mural. Reste la dépendance à l’écosystème propriétaire Wiser, qui peut freiner les projets recherchant des protocoles ouverts. Normative dans son esthétique affleurante, Odace n’en constitue pas moins une base prescriptive solide pour accompagner la montée en exigence des projets architecturaux de la décennie à venir.

    www.se.com

     

     

     

  • Simon Boudvin, artiste de terrain

    Quel est le point commun entre des tabourets jurassiens, une plante jugée invasive à Bagnolet, de la pierre de taille en Île-de-France, du carrelage à Kyoto ou des logements sociaux à Ivry ? Ils ont tous fait l’objet de l’attention patiente de Simon Boudvin, qui déploie son œuvre documentaire en enquêtant sur des objets situés qui, à chaque fois, lui permettent de dévoiler ensuite tout un territoire.

  • Sketchomania

    Le carnet de voyage, un outil puissant ? Enquête avec l’arpenteur-paysagiste Alexis Pernet et l’architecte du patrimoine Alexis Roy.