L’agence d’architecture rennaise BRA trace depuis sa création une voie exigeante, récompensée en 2023 par les Albums des jeunes architectes et paysagistes. Discrets, ses deux fondateurs Thimothée Chateau et Simon Masson se tiennent sur une ligne de crête entre la production architecturale tout-venant et les projets de niche (DIY et chantiers participatifs…). Quels que soient les programmes, les situations ou les échelles – une diversité qu’ils revendiquent –, ils se confrontent aux conditions de leurs commandes avec cette obsession de simplifier le projet sans relâche et sans jamais abandonner la question esthétique.
Thimothée Chateau et Simon Masson ne se considèrent pas comme les porte-drapeaux de leur génération, même s’ils partagent avec elle une conscience aiguë des enjeux contemporains qui se posent à l’architecture. Le faire soi-même, les projets participatifs, le recours exclusif aux matériaux naturels… Ces pratiques à la marge mais plébiscitées ne leur semblent pas à la mesure des pressions sociales et environnementales qui s’exercent. Pas plus qu’elles ne font contrepoids au business as usual d’une production standard qui, pour mille raisons (réglementaires, normatives, budgétaires…), ne se remet jamais en cause. Comment dès lors résister à l’appauvrissement esthétique et culturel de l’architecture contemporaine, aggravé de leur point de vue par les injonctions environnementales ? « La dimension écologique de l’architecture est indiscutable mais elle ne doit pas nous exonérer des autres sujets propres à la discipline », estiment les deux associés.
La crainte de se voir enfermer dans une posture ou de céder aux « recettes tautologiques » les pousse à se confronter à tous types de programmes – y compris ceux qui échappent à l’architecte, comme les lotissements pavillonnaires ou les constructions industrielles – et à la disparité des contextes du territoire breton d’où ils sont originaires. Ils ne boudent ni les nouvelles ZAC ni les opérations immobilières privées et leurs conditions, même s’ils concèdent la réelle difficulté d’accorder leur vision avec celle des commanditaires. Cette réflexion transversale et transcalaire leur apparaît essentielle pour aborder tout nouveau sujet sans a priori et s’affranchir des solutions convenues. « On ne doit rien s’interdire par habitude ou par convention », soutiennent ces architectes qui se méfient aussi du flux d’images circulant sur internet et qu’il est toujours tentant de reproduire sans réfléchir.
Logique, brut, radical
Ils se montrent en revanche obsessionnels – « mais pas tyranniques » – pour formaliser la réponse qui leur semblera la plus pertinente, pugnaces aussi pour préserver les concepts forts du projet tout au long de son processus — l’empreinte marquante de leurs précédentes collaborations chez Jean Nouvel, Muoto, BIG et Jean Guervilly. La culture de l’effort est un trait de leur caractère, reconnaissent-ils tous deux. Ils peuvent passer des heures à régler la proportion d’une baie, l’exacte altimétrie d’un faîtage ou le calepinage précis d’un matériau. « L’architecte ne doit pas se délester de cette question indicible du beau et des émotions, et celle-ci peut s’exprimer dans une morphologie, une matérialité, un détail… », disent-ils. Un propos presque iconoclaste quand on pense aux valeurs, plus souvent éthiques qu’esthétiques, que défendent aujourd’hui les lauréats des Albums des jeunes architectes et paysagistes et dont ils font désormais partie. (...)