Qu’elle désigne la plus petite échelle démocratique partout en France ou la campagne d’insurrection parisienne, la commune est à la fois un espace et un fait collectif. Pour les membres de l’agence du même nom, fondée à Lyon en 2019, elle concrétise un désir d’agir ensemble, dans une culture d’atelier où se partagent les questions et où circulent les hypothèses. Intervenir dans des lieux hérités, avec des ressources limitées, impose de faire collectivement. Pour Commune, ce mode d’agir est nécessaire à l’avènement de la qualité, dans les moyens de l’architecture comme dans ses fins.
« C’est tout frais, en chantier partout », s’inquiète Louise Vergnaud au moment de s’installer avec les six autres cogérants de l’agence Commune, autour de la table de réunion. La salle, en vitrine des bureaux dont ils viennent d’achever la réhabilitation, est baignée de lumière. « Les arches en pierres de Villebois qui structurent la façade du rez-de-chaussée de l’immeuble sont typiques du centre-ville lyonnais du XIXe siècle », nous apprend Louis Putot. Des panneaux d’isolant rigide en fibres de bois peints habillent jusqu’à mi-hauteur les murs intérieurs. La matière est rêche. Elle gratte la lumière. De simples baguettes masquent les joints. « On ne sait pas encore si on va les recouvrir, rapporte Léo Urli. On attend de voir à l’usage. » Le dispositif, utile et poétique à la fois, tisse un délicat motif à rayures sur les parois. Le nécessaire fait décor sans ostentation.
Retour à la table. Antoine Bégel, Marine Favennec, Martin Rollin, Louis Putot, Alexis Stremsdoerfer, Louise Vergnaud et Léo Urli ont épinglé au mur des témoignages de leur quotidien d’architectes. Vues d’oiseau à main levée de centres-bourgs ; photos de réunions publiques ; chantiers en pierres massives et en blocs de béton de chanvre ; plan axonométrique de bureaux ; maçons affairés dans un hangar ; croquis de logements traversants ; coupes façon « ethnographie architecturale » reliant tectonique, usage et environnement. On est loin des clichés éthérés de bâtiments captés quelques heures après leur livraison. C’est la fabrique du projet qui s’expose. N’en n’est-ce pas moins de l’architecture ? « En tout cas, ça ne correspond pas aux stéréotypes des images qu’on voit habituellement dans les revues », poursuit Alexis Stremsdoerfer. Martin Rollin : « Ce ne sont pas non plus des projets de papier. » C’est ainsi chez Commune, on s’écoute, on se contredit, on acquiesce. On construit collectivement une pensée dialectique et une parole exigeante. (...)