Copyright : © ADAGP, François Dallegret

Architecte et artiste né au Maroc en 1937, formé aux Beaux-Arts de Paris et installé à Montréal depuis 1964, François Dallegret est l’une des rares figures françaises de l’architecture expérimentale de la seconde moitié du XX siècle. Si plusieurs de ses projets ont été réalisés en France, son travail y demeure paradoxalement méconnu. La traduction française de sa monographie, Dieu & Cie. Art Fiction Art Friction (Éditions de La Villette, 2025), offre enfin un éclairage sur ce parcours singulier. De passage éclair à Paris pour présenter le livre au Centre Pompidou, il a accepté de revenir avec nous, le lendemain, sur son parcours et la généalogie de son œuvre1. Pour les traverser, cinq mots-clés servent ici de balises : transatlantique, transposition, transitoire, transhumanisme et transversalité.

 

Transatlantique

En décembre 1963, après avoir mis fin à ses études, François Dallegret émigre en Amérique du Nord. En compagnie de quelques artistes, dont Arman et Bernard Quentin, il effectue la traversée de sept jours sur le paquebot France – « malade comme un chien », précise-t-il. Il débarque à New York à l’invitation de Peter Blake, le rédacteur en chef de la revue Architectural Forum, qui souhaite publier ses dessins. Dans le mythique Chelsea Hotel, où il réside, il côtoie l’avant-garde nord-américaine et développe à son contact une approche multimédia, qu’il poursuivra durant toute sa carrière.

En 1964, à l’expiration de son visa, il part à Montréal : « Je ne voulais pas revenir en France, nous explique-t-il, parce qu’à l’époque l’ambiance y était morose […]. Donc, j’ai décidé de filer vers le Canada. » C’est là qu’il réalise la majorité de ses projets : des installations pour l’Exposition universelle de 1967, le mobilier urbain du parc olympique de 1976, ainsi que deux icônes de la vie nocturne montréalaise, la salle de concert du New Penelope (1967) et Le Drug (1965), pharmacie-librairie-boutique-galerie-café-restaurant-discothèque, œuvre d’art totale dont il est à la fois l’architecte, le designer, le graphiste et le galeriste.

Montréal, où il vit toujours, reste un terrain d’expérimentation privilégié. Le contexte transatlantique de cette ville située en Amérique du Nord mais tournée vers l’Europe nourrit une œuvre elle-même « bilingue ». God & Co, le nom de son agence, en témoigne. C’est à la fois la contraction de Go Dallegret – expression typiquement anglaise : « À New York, on me disait tout le temps : “Go have a drink, go somewhere, whatever…” » – mais aussi, la traduction de Dieu & Cie, marque d’un savon au miel ramené de Paris. « C’est venu un peu tout seul, raconte-t-il. Je suis passionné par l’idée graphique des mots […]. L’idée que le mot existe en tant que mot, mais aussi en tant que forme. »   (...)

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