Françoise Fromonot mène depuis longtemps deux sortes d’enquêtes. Les unes portent sur des grands projets d’aménagement de Paris, dont elle entend découvrir les vérités cachées des conditions opérationnelles en creusant derrière les discours politiques et les formes et dispositifs proposés par les architectes ou les urbanistes. Les autres, qu’elle appelle ses « critiques détectives » et dont il sera question ici, investiguent des réalisations canoniques conçues par de grands noms de l’architecture contemporaine pour en proposer une lecture nouvelle, sous la forme d’exégèses fouillées, s’appuyant sur un important travail documentaire.
Lorsque l’on propose à Françoise Fromonot de remonter le fil biographique pour saisir son appétence pour l’enquête, elle convoque sans hésiter une lecture adolescente fondatrice. Maintes fois relue depuis, La Lettre volée d’Edgar Allan Poe, traduite par Charles Baudelaire, la fascine encore, autant pour le texte lui-même que pour les nombreuses exégèses qu’il a suscitées ensuite. On se souvient bien entendu de l’argument premier de cette nouvelle (une lettre, cherchée par la police dans toutes les cachettes possibles, se trouve en réalité en évidence au milieu de la pièce) ; mais ce texte provoque d’autres interprétations selon l’angle adopté pour la lecture. Cachette, transformation, perception, pouvoir, trahison : du psychanalyste Jacques Lacan qui lui a consacré un séminaire entier, à Jorge Luis Borges, Jacques Derrida ou Jean-Claude Milner, comment quelques pages peuvent-elles ouvrir autant d’investigations ? Par la suite, tout en se plongeant dans les romans policiers, Françoise Fromonot s’intéresse aussi à ceux qui relient ce genre littéraire aux conditions de son émergence : Walter Benjamin et Siegfried Kracauer en particulier, qui se penchent sur l’apparition de la figure du détective, à la recherche de vérités bien cachées dans les intérieurs bourgeois de la fin du XIXe siècle.
Durant ses études d’architecture à Paris-La Villette, elle découvre ensuite avec Antoine Grumbach le travail patient du relevé in situ et de la traduction en dessin géométral des choses vues. Pour comprendre des petits bâtiments ordinaires, il faut mesurer, élucider, faire des hypothèses, déduire, se tromper. On peut donc aussi réfléchir en plan, et surtout en coupe, dessin qui lui permettra ensuite d’interroger l’urbanisme moderne1 ou de revenir sur la Comédie des Halles en comparant les projets remis lors du concours pour le réaménagement du quartier des Halles en 20042. (...)